02 septembre 2008
Oui, à la Turquie dans l'Europe !
Retrouvez les blog de MIchel Rocard, coanimé par Ariane Bonzon et Joël Roman :
Oui à la Turquie: je le dis sans ambages car j'en suis de plus en plus convaincu, l'avenir de l'Europe passe par la Turquie.
L'Union européenne doit intégrer la Turquie en son sein. Nous avons nous, les Européens, un intérêt au moins aussi grand que celui des Turcs à arrimer ce pays à notre continent. L'adhésion de cette nation musulmane, puissante et en plein essor économique ne servira pas les seules ambitions de cette dernière. L'adhésion de la Turquie, c'est une assurance - vie pour l'Europe.
La question turque est l'occasion rêvée pour faire ce que nous n'avons pas su faire correctement et plus tôt, poser enfin les vraies questions: celles qui touchent à l'identité de l'Europe, à sa véritable vocation maintenant qu'elle s'est décidée à s'élargir, à sa mission dans le monde, laquelle est certainement de contribuer à rapprocher les peuples. Et je pense que c'est justement aussi parce que la Turquie est musulmane que nous avons intérêt à ce qu'elle intègre l'Union européenne. C'est bien de cela que je voudrai entretenir le lecteur dans cet ouvrage.
Michel Rocard
28 juillet 2008
L’Europe des peuples est-elle forcément progressiste ?
Nous nous souvenons tous, lors de la campagne française de 2005 sur le
Traité établissant une Constitution pour l’Europe, qu’une partie du
camp progressiste avait, en dépit de ses justifications proeuropéennes,
fait campagne pour le non au référendum.
Cela avait beaucoup fait débat, notamment lorsque certains leaders importants du Parti Socialiste comme Laurent Fabius avait appelé les citoyens à voter non. Effectivement, il était assez étonnant qu’une partie du camp progressiste – les sociaux démocrates ont toujours soutenu la construction européenne – ne soutienne pas un Traité qui aurait permis à la construction européenne de franchir un nouveau pas.
Les « nonistes de gauche » français, comme d’ailleurs les partisans irlandais de gauche en faveur du non au Traité de Lisbonne, justifiaient leur refus par un argument essentiel : le Traité établissant une Constitution pour l’Europe comme le Traité de Lisbonne ne seraient pas des traités sociaux, au contraire ils graveraient dans le marbre les seuls principes économiques du libéralisme. Nous ne reviendrons pas ici sur le débat d’alors qui avait opposé les tenants du oui aux tenants du non.
Ainsi, une fois que le non l’avait emporté, les nonistes de gauche comme d’ailleurs les souverainistes de droite et d’extrême droite opposés au Traité, expliquaient que la victoire du non était l’expression directe du peuple. À gauche, on traduisait cela comme un rejet populaire de l’Europe libérale et à droite comme un rejet populaire d’une Europe accusée de dissoudre les identités nationales.
L’Europe des peuples alors, de gauche ou de droite ?
Un rejet populaire donc ? Soit, mais force est de constater qu’entre le peuple progressiste souhaitant une Europe sociale tel qu’il a été défini par les nonistes de gauche et le peuple préférant le repli national à l’intégration européenne de la droite souverainiste et de l’extrême droite, il y a un gouffre ! Comment donc savoir ce que le peuple souhaitait exprimer ?
Hélas, c’est très rapidement que nous avons pu savoir ce que souhaitaient réellement les peuples. L’erreur des nonistes de gauche fut en effet de croire en un peuple idéalisé qui serait progressiste par essence. En France, c’est la référence au peuple de 1789 qui a été dominante.
Mais aujourd’hui tout est bien différent, croire que le peuple est par essence porteur de progrès relève de l’erreur d’analyse historique et politique. Les faits sont là pour nous le prouver : aujourd’hui l’Europe des peuples est de droite et ce sont bien les idées libérales-conservatrices qui semblent avoir triomphé.
La majorité des gouvernements des États membres, élus démocratiquement, est aux mains de la droite et le Parlement européen, lui aussi élu démocratiquement par les peuples, est dominé par un PPE qui ne fait preuve que très rarement de modération comme le prouve le vote récent de la directive « retour »…
C’est donc un double mouvement que l’on constate aujourd’hui : d’un côté une Europe chargée du « sale boulot » (la politique d’immigration par exemple) et veillant au fonctionnement d’un libre marché ; d’un autre côté un repli national sur les questions sociales et de politiques étrangères.
En avril 2005, lors d’un meeting, Jacques Nikonoff, alors président d’ATTAC, déclarait : « Si la France a le courage de dire non le 29 mai prochain, ne croyez pas qu’elle sera isolée. Au contraire, elle reprendra la main et même se retrouvera au centre du jeu européen. Et nous, les partisans du Non antilibéral porterons les valeurs de l’universalisme et l’esprit des Lumières par toute l’Europe. Il y a comme un parfum de Valmy qui flotte dans l’air ! » Aujourd’hui, une telle phrase fait presque rire car de l’Europe antilibérale, sociale et progressiste on en est très loin !
L’Europe sociale passe par un renforcement des institutions et un pôle progressiste européen fort
Les nonistes de gauche et les progressistes eurosceptiques ont donc fait une grave erreur en accusant les institutions européennes d’être responsable des carences de l’Europe en matière de social. Faire feu sur l’Europe en l’accusant continuellement de promouvoir un modèle libéral n’est clairement pas une stratégie gagnante.
Au contraire, construire l’Europe sociale c’est passer inévitablement par plus d’Europe. Exit donc les boucs émissaires faciles à désigner : Bruxelles, la Commission, le Royaume-Uni, le plombier polonais, les nouveaux entrants, l’élargissement, les technocrates, les lobbys, etc.
Le camp progressiste doit se reprendre en main. S’il veut voir triompher ses idées, ce n’est donc pas en critiquant l’Europe qu’il y parviendra mais bien en défendant au plan politique une Europe plus démocratique qui accorde plus de pouvoirs au Parlement et moins de place aux choix des gouvernements nationaux.
En parallèle, les progressistes doivent lancer une véritable campagne européenne d’explication et de promotion de leurs idées pour pouvoir gagner les élections européennes et faire en sorte que cette fois les peuples confient réellement les rênes de l’Europe à la gauche. Cela implique pour le PSE de refuser tout compromis avec le PPE mais en revanche de nouer des liens solides avec les Verts et le Parti Démocrate Européen.
Il est donc nécessaire que le PSE dispose d’un programme européen clair et ambitieux (comme le Manifesto 2009) qui devra être porté par des candidats réellement sensibles aux questions européennes. La construction de l’Europe sociale passe donc par une Europe plus démocratique, avec notamment un Parlement fort où le camp progressiste sera prêt à y porter un vrai projet européen.
Diego Melchior
Article initialement publié sur Le Taurillon . fr
08 juillet 2008
Faire l'Europe politique et sociale
Contribution thématique au congrès de Reims du Parti Socialiste des 14-15-16 Novembre 2008.
L’Europe traverse une crise majeure, elle ne fait plus l’objet d’aucun dessein politique.
Son affaiblissement, pourtant, signifie un désordre accru de la mondialisation avec des conséquences néfastes pour les plus faibles. Cela n’est pas acceptable. Nous, socialistes, devons inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union européenne ne dissolve sa fragile exception sociale dans une grande zone d’échanges dérégulés.
Pour cela, nous devons associer la dimension européenne à chacune de nos réflexions et de nos actions. Il nous faut également consolider le camp du Progrès en Europe, afin que celui-ci s’oppose à un autre, conservateur.
Ainsi, nous avons la charge de politiser le débat à l’échelle de l’Europe pour éviter qu’un consensus technique et sans ambition s’empare de chacune des décisions de l’Union. Pour qu’une Europe politique voie le jour, il faut un espace public européen et donc un terrain supra national de confrontations des projets politiques.
Faire l’Europe politique et sociale
Pour la quatrième fois depuis le début du siècle, un référendum sur un traité réformant les institutions européennes se conclut par un « non ». L’Irlande, déjà, avait rejeté le traité de Nice en 2001, la France et les Pays-Bas avaient refusé le traité constitutionnel en 2005. Qu’on les trouve justifiés ou non – pour notre part nous les regrettons – ces choix démocratiques traduisent la distance, le divorce entre l’Europe et les Européens. Disons-le sans fard : l’Europe traverse une crise majeure, la plus grave depuis le début de la construction européenne. Elle ne fait plus l’objet d’aucun dessein politique. Son affaiblissement, pourtant, signifie un désordre accru de la mondialisation, des conséquences dramatiques pour les pays les plus pauvres, les équilibres humains, économiques, sociaux et écologiques de la planète. Nous, socialistes, avons d’urgence à inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union ne dissolve sa fragile exception sociale dans une grande zone dérégulée de libre échange. L’Union européenne est plus que jamais nécessaire pour défendre nos valeurs et offrir à un monde instable et dangereux un modèle de développement solidaire.
Ressusciter la dernière utopie politique requiert d’européaniser tous nos habitus militants. L’Europe n’est ni un sujet à part, bon pour les seuls cours d’éducation civique ou les jumelages pour certains folklorisés, ni le paravent commode de nos propres turpitudes. Il fut un temps où les socialistes français savaient porter haut l’ambition européenne. Depuis, que s’est-il passé ? C’est comme si nous avions été chiraquisés de l’intérieur ! De grâce, cessons d’exiger à Bruxelles une hausse du prix du blé pour promettre à Paris une baisse du prix du pain. Les épreuves du pouvoir que nous avons traversé nous confortent dans l’idée qu’il faut mener en cohérence et en transparence le programme de gouvernement en France et en Europe. Faire de l’Union européenne un bouc-émissaire arrangeant, c’est nous condamner à nombre de désillusions électorales à venir et, surtout, à élargir la crise de légitimité du politique dans notre pays. Cette duplicité n’est plus admissible.
La prétendue obsolescence d’une pensée socialiste ne vient sûrement pas de ses valeurs mais de son champ de pertinence national. La liberté dans l’égalité n’est plus pensable ailleurs que dans le cadre européen, ou au-delà encore, sauf à sombrer dans la démagogie. Européaniser la pensée politique, c’est se défaire d’une conception spécialisée de l’Union européenne. Européaniser la pensée politique, ce n’est pas que parler d’agriculture, de qualité de l’eau, de recherche, d’Airbus ou de Galiléo sous prétexte que ce seraient-là des domaines de compétence communautaire. Européaniser la pensée politique, c’est au contraire associer la dimension européenne à chacun des attendus du débat public et des priorités politiques et permettre que les ambitions communautaires se concrétisent jusque dans notre quotidien. C’est désormais l’unique antidote sérieux à la grande transformation des économies et des sociétés.
La construction européenne ne sera crédible en Europe qu’à la condition de démontrer très concrètement aux citoyens que leur existence est meilleure avec l’Europe que sans et que cela se voit. Européaniser la pensée politique, c’est surtout, et c’est ce qui fera difficulté en France, quitter les habits de l’idéologie pour épouser ceux d’un réformisme de gauche qui assume l’économie sociale de marché.
Car nous nous devons d’imaginer une autre Europe politique. Avec toutes les autres formations social-démocrates et syndicales, les socialistes français ont, plus que jamais, vocation à contribuer à ce que s’édifie une Europe démocratique et sociale. On chicanera volontiers que l’Europe politique existe déjà. Celle des conférences intergouvernementales et des institutions communautaires. Nous, socialistes, avons à lui ajouter l’Europe de la politique. Cette Europe-là se décline dans le débat des citoyens, dans leur mobilisation critique, dans leurs résistances chaque fois que la marchandisation grignote le volontarisme humaniste. L’Europe donne aujourd’hui le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative possible à la politique menée et encouragée par les enragés de la déréglementation. Cela ne nous rappelle que trop le fameux et funeste « There is no alternative » de Mme Thatcher. Et c’est au fond le cœur des reproches adressés à la « technocratie bruxelloise » : ne rien inventer, ne rien rêver, pas même espérer, seulement arranger. C’est un paradoxe sans doute, mais pour réunir, l’Europe doit maintenant diviser. Unis ici, les socialistes ont pour tâche de mettre le conflit des idées au cœur de la construction européenne. A l’échelon des institutions européennes, les socialistes mettront davantage en évidence les clivages fondateurs des sociétés modernes, même si, heureusement, ils n’en reprendront pas toutes les caractéristiques nationales. A l’échelon européen aussi, il doit exister une possibilité d’alternance politique, des lignes traçant le périmètre de philosophies politiques concurrentes. Bâtissons, au-delà des frontières étroitement nationales, un camp du Progrès, et nous verrons s’en distinguer un autre, fait d’ordre et de conservatisme. L’alternance est le signe d’une démocratie en bonne santé. Nous prônons donc la possibilité d’alternances au niveau communautaire parce que nous, socialistes, voulons que l’Europe soit une société laïque de droit, de liberté, d’égalité et de solidarité. Certes, on objectera que la démocratie européenne doit rassembler des pays gouvernés aussi bien par la gauche que par la droite. On ajoutera, à raison, qu’être « de gauche » ou « de droite » recouvre des réalités différentes selon l’Etat auquel on se réfère. Enfin, on conclura, pour permettre l’alternance politique, à la nécessité de vrais partis politiques européens, avec une cohérence idéologique, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Et pourtant, n’observe-t-on pas ici et là les prémices d’une véritable politisation de l’Europe ? Ne doit-on pas saluer avec force la volonté du Parti Socialiste Européen d’élaborer une plate-forme électorale commune pour tous ses partis membres en vue des élections au Parlement européen de juin 2009 ? Les euro-manifestations organisées par la Confédération Européenne des Syndicats ne traduisent-elles pas l’existence de préoccupations et de revendications communes à l’ensemble des salariés européens quel que soit leur Etat d’origine ? Quelle conscience les militants socialistes en ont-ils ? Une Europe politique et sociale est plus que jamais nécessaire dans le contexte de la mondialisation afin de défendre nos valeurs humanistes et notre modèle de développement solidaire. Le traité de Lisbonne n’est pas la panacée, il n’est pas parfait, il est trop complexe, mal rédigé, il ne prend pas en compte les symboles de l’Union, il aurait pu et dû être plus ambitieux. Mais beaucoup de ses dispositions méritent d’être conservées. Si elles le sont, le traité de Lisbonne entre en application, le Parlement européen investira le Président de la Commission européenne sur proposition du Conseil européen en tenant compte des résultats aux élections du Parlement. Ce qui peut sembler une évidence fournirait une légitimité démocratique plus grande au Président de la Commission. Démocratisation et politisation étant les deux faces de la même pièce (d’Euro bien sûr), cela permettra également de politiser davantage les élections européennes.
En effet, comment les chefs d’Etat pourraient-il justifier la nomination d’un Président de la Commission « de droite » si la majorité du Parlement est « de gauche » ? Pareillement en ce qui concerne la nomination des commissaires pour les secteurs les plus sensibles. Dorénavant, et même si la composition de la future Commission européenne devrait s’inspirer du principe de la formule magique suisse, les citoyens, par leur vote, pourront peser sur la coloration politique de l’institution censée représenter l’intérêt général de l’Union européenne. Si l’Europe a su emprunter à ses pères fondateurs un art consommé du consensus, force est de constater que celui-ci secrète aussi aujourd’hui une bonne part de l’euroscepticisme. Or, c’est désormais une erreur de confondre le consensus qui ne fait pas de politique et le compromis, indispensable, qui en fait. Nous invitons les socialistes français, nos camarades, à se faire les artisans du compromis, pour la réforme, et laisser aux démocrates-chrétiens les tentations du consensus désormais obsolète. La pratique du compromis, celle aussi du dialogue entre les partenaires sociaux et avec la société civile organisée, constituent le régime routinier et heureusement apaisé des démocraties libérales. Les socialistes ne confondent pas le réformisme et le pragmatisme sans ambition, tout simplement parce que le réformisme social-démocrate, que nous revendiquons, conserve pour horizon l’idéal d’une société d’égaux émancipés et ne se contente pas d’une gouvernance gestionnaire incapable d’imaginer les nouvelles formes de la régulation des économies. Le réformisme n’est ni la compromission ni la lâcheté : sachons qui nous sommes, nous socialistes européens, déterminons ce que nous voulons faire et examinons ce que, dans l’immédiat, nous pourrons faire, sans pour autant nous laisser endormir par les bonimenteurs de la prudence toujours et partout. L’Europe doit être l’occasion de refaire de la politique. C’est cette Europe de la politique que nous, socialistes, devons refonder et nous refonder avec elle.
Cette contribution thématique n’est le produit d’aucun courant du Parti socialiste. Elle n’est que le fruit des réflexions libres et personnelles de deux militants. Premiers signataires (par ordre alphabétique) : 1) Yohann ABIVEN (co-auteur) 2) Fabien CHEVALIER (co-auteur) 3) Elisabeth GUIGOU 4) Jean-Pierre MIGNARD 5) Pierre MOSCOVICI
Liste complète des signataires au 27 juin 2008 :
- Denise ABBES, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- Yohann ABIVEN, section Jean-Jaurès (Rennes-Centre), secrétaire général de Sauvons l’Europe
- Klervie BOCHÉ, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- François BONTEMS, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- Frédéric BOURCIER, Premier secrétaire fédéral d’Ille-et-Vilaine, adjoint au maire de Rennes en charge de l’urbanisme et de l’aménagement
- Olivier BRUNET, section de Bruxelles, fonctionnaire européen
- Fabien CHEVALIER, section Paris 14ème – Petit Montrouge, président de Sauvons l’Europe – Collectif Ile-de-France
- Matthias FEKL, adjoint au maire de Marmande en charge des finances
- Claire GUIDI, conseillère déléguée du 4ème arrondissement de Paris
- Elisabeth GUIGOU, députée, ancienne ministre
- Aleksander GLOGOWSKI, conseiller fédéral – Paris
- Elisabeth GUY-DUBOIS, conseillère déléguée du 14ème arrondissement de Paris
- Catherine GUY-QUINT, députée européenne
- Matthieu HORNUNG, section de Bruxelles, fonctionnaire du groupe PSE au Comité des régions
- Bettina LAVILLE, déléguée nationale, présidente de Convictions
- Valéry-Xavier LENTZ, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- David LE ROUX, section de Saint-Brieuc
- Diego MELCHIOR, section Science Po. Paris
- Jean-Pierre MIGNARD, délégué national auprès du Premier secrétaire
- Carlos MORET, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- Pierre MOSCOVICI, député, ancien ministre
- Michel OTTAWAY, section Paris 10ème, membre de la commission fédérale Europe
- Olivia POLSKI, conseillère de Paris, adjointe au maire du 14ème arrondissement en charge des secteurs scolaires et périscolaires
- Emmanuel ROZENBLUM, section Paris 14ème – Petit Montrouge
- Camille SPIRE, secrétaire de la section Science Po. Paris
- Alain VERGER, fédération de Loire-Atlantique
21 juin 2008
L’Europe toujours en danger !
Position de l'association après le non irlandais.
La construction d’une Europe politique est à nouveau mise à mal par le résultat du référendum en Irlande. Les Français sont très mal placés pour faire la leçon aux Irlandais. Pourtant, il faut bien dire que le résultat de ce référendum a de graves conséquences pour l’Europe, en la replongeant dans une criseinstitutionnelle dont on se demande encore une fois comment elle va se sortir.
Déjà, en 2005, il n’y avait pas de « plan B ». Le Traité de Lisbonne a fini par émerger difficilement des tractations entre gouvernements de l’Union. Aujourd’hui, il y a encore moins de « plan C » … Réussirat- on à en élaborer un, accepté par tous, et qui donne enfin à l’Europe les moyens de réagir rapidement aux mutations du monde ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, donner à l’Union les moyens de réagir efficacement et concrètement face aux défis auxquels les Etats membres ne peuvent faire face tout seuls (en matière d’énergie, de climat, d’alimentation, d’action humanitaire, de sécurité, de négociation commerciale…)
Malheureusement, trop souvent, dans les débats à propos des référendums nationaux sur les réformes institutionnelles de l’Union, ce sont les politiques européennes, voire nationales, qui sont mises en cause.
Pour des motifs bien souvent contradictoires... Ainsi, au nom de politiques jugées mauvaises, on rejette une réforme des institutions qui permettrait de faciliter l’adoption à la majorité de politiques représentant un progrès pour les citoyens européens. La mise en avant d’intérêts particuliers nationaux de court terme prime trop souvent sur l’intérêt général européen à long terme.
Les citoyens européens ont souvent l’impression que les politiques européennes ne répondent pas à leurs préoccupations. C’est effectivement le cas quand on ne parvient pas à répondre aux restructurations d’entreprises (la révision de la Directive sur les Comités d’Entreprise européens devrait donner des moyens de mieux y faire face) ou quand une Directive sur le temps de travail risque de provoquer une régression sociale … Il est manifestement illusoire de justifier la nécessité d’un renforcement institutionnel en l’absence de politiques sociales justes, mais il sera difficile d’améliorer les politiques sans institutions efficaces. Europe politique et Europe sociale doivent se renforcer mutuellement.
Quand le refus de ratifier un traité par un ou deux pays conduit à bloquer une avancée majoritairement partagée par les autres, on est en droit de s’interroger sur la règle de décision. C’était vrai en 2005, pour le Traité Constitutionnel ratifié par 18 pays, mais bloqué par le refus de deux autres ; c’est aussi vrai aujourd’hui pour le Traité de Lisbonne, lui aussi déjà ratifié par 18 pays. La procédure parlementaire, qui, rappelons-le, est aussi démocratique que le référendum, n’intègre t-elle pas mieux les contraintes liées à des textes de ce type ? En attendant l’émergence d’un « peuple européen » qui pourrait éventuellement légitimer un référendum paneuropéen …
En tout cas, il est urgent de trouver un moyen pour que les pays qui ne veulent pas d’une avancée européenne, n’empêchent pas ceux qui le veulent de le faire. Il est nécessaire de poursuivre le processus de ratification dans l’ensemble des 27 Etats membres pour que les choix s’opèrent dans la clarté. Toutefois, il faut aussi que se mobilisent les citoyens de l’Union, pour qu’ils fassent valoir leur attachement à la construction européenne, qu’ils rappellent la signification de celle-ci, mais aussi qu’ils l’infléchissent dans un sens plus démocratique. Tel était en juillet 2005 le sens de l’appel de Sauvons l’Europe. Cet appel est plus que jamais d’actualité :
« Sauvons l’Europe » demeure à l’ordre du jour !
19 juin 2008
Directive « retour » : les idées conservatrices triomphent en Europe.
Grâce la procédure de co-décision, le Parlement s’est prononcé aujourd’hui sur la directive « retour » en adoptant le texte
à 369 voix pour, 197 contre et 106 abstentions. Le Parlement européen
avait pourtant là une occasion unique de rejeter un directive préparée
par les Etats membres qui instaurait certes le cadre d’une politique
européenne d’immigration mais une politique préoccupante pour certains, liberticide pour d’autres, équilibrée et nécessaire pour ses défenseurs…
«
Article premier
Objet
La présente directive fixe les normes et procédures communes à
appliquer dans les États membres au retour des ressortissants de pays
tiers en séjour irrégulier, conformément aux droits fondamentaux en
tant que principes généraux du droit communautaire, ainsi qu’au droit
international, notamment les obligations en matière de protection des
réfugiés et de droits de l'homme.
»
Une politique commune d’immigration était devenue un impératif qui
s’imposait. Le débat autour de la question était notamment revenu sur
le devant de la scène après la victoire de Silvio Berlusconi en Italie,
flanqué sur sa droite d’une Ligue du Nord renforcée par son excellent
résultat aux élections législatives anticipées des 13 et 14 avril
derniers. Ce dernier, en effet, sous les pressions répétées de la
Ligue, avait souhaité porter au plan européen la question de
l’immigration, laissant sous-entendre qu’il laisserait sinon son
gouvernement agir nationalement. A suivi ensuite le pacte pour l’immigration proposé par Brice Hortefeux,
visiblement dans la même veine que les requêtes de la Ligue du Nord.
Placées devant le fait accompli, les institutions européennes n’avaient
finalement pas d’autre choix que de proposer au plus vite une directive
cadre sur l’immigration afin d’éviter que les Etats membres fassent
chacun de leur côté leur propre politique d’immigration, ce qui aurait
alors pu mettre en danger l’équilibre européen.
La directive « retour », donc, grâce à la procédure de codécision, a
été soumise au Parlement européen qui l’a adoptée. Deux grands
arguments ont été évoqués pour défendre le texte de la directive :
- cette directive est un compromis équilibré et nécessaire ;
- cette directive fixe le cadre d’une politique européenne
d’immigration, c’est un pas indispensable vers plus d’Europe, donc peu
importe le contenu du texte, c’est mieux que rien.
Cependant, ces deux arguments ne permettent en rien de justifier un tel
texte. Cette directive n’est pas un compromis équilibré et nécessaire.
Au contraire, c’est un pur produit des idées conservatrices véhiculées
par les partis de droite membres du PPE et par des partis populistes et
xénophobes comme le Front national, en France, la Ligue du Nord, en
Italie ou l’ancienne liste Pimp Fortuyn, aux Pays-Bas. De trop nombreux
éléments, qui n’ont pu être amendés par le PSE notamment, sont présents
dans ce texte.
Ce texte a pour vocation première de lutter contre l’immigration
clandestine. Bien évidemment, dans la plus pure logique conservatrice,
ce texte propose l’exact inverse d’une véritable politique
d’immigration. C’est l’expulsion en effet, via des centres de
rétention, qui est le coeur de cette directive. Or les expulsions ne
limitent en rien la venue des migrants qui, s’ils sont déterminés à
quitter leur pays – pour des raisons sûrement compréhensibles –,
reviendront en Europe quoi qu’il en soit. Et même, au contraire, une
telle politique encourage plutôt la clandestinité puisque d’une part,
les Etats membres, au lieu de régulariser, ne feront que pourchasser
les immigrés illégaux et, d’autre part, cette réaction défensive va
être perçue par les migrants comme une invitation à venir en Europe. En
effet, puisque celle-ci fait tout pour protéger son territoire, c’est
que celui-ci doit être clairement un endroit privilégié qui attire !
En outre, cette directive porte une atteinte préoccupante aux droits de
l’homme. Il est explicitement indiqué que les immigrés illégaux – en
fait la majorité des immigrés qui entrent dans les Etats membres étant
donné la difficulté réelle qu’il existe pour avoir des papiers – seront
placés dans des centres de rétentions, construits à cet effet, pour une
durée maximum de six mois, avec une possibilité de prolonger de douze
mois cette période … Concrètement, c’est donc la criminalisation de
l’immigration qui est acceptée à travers cette directive. Immigrer
devient donc un délit qui en plus d’être puni par un « éloignement »
est couplé à une peine de prison dans un camp de rétention dont on
connaît les conditions de vie déplorables.
Mais tout cela est-ce mieux que rien ? Au plan strictement juridique,
évidemment, difficile de prétendre que ce n’est pas mieux que rien
puisque, aujourd’hui, il existe en effet un cadre européen pour
l’immigration… mais quel cadre ! L’argument juridique qui privilégie
l’aspect technique (« plus d’Europe ») sur l’aspect politique (une
directive conservatrice) est pourtant nul et non avenu au plan
politique puisqu’en fait, cette directive ce n’est pas mieux que rien,
c’est tout simplement rien… Rien pourquoi ? Rien parce que cette
directive ne fait que concrétiser au plan européen les volontés
conservatrices de gouvernements nationaux de droite tels que ceux de la
France ou de l’Italie. Nous n’avons pas avancé, nous n’avons pas fait
plus d’Europe, nous avons tout simplement calqué au plan européen la
politique en matière d’immigration souhaitée par une bonne partie des
Etats membres. Tout cela en somme va permettre aux Etats membres qui
sont gouvernés par la droite d’appliquer une politique d’immigration
des plus conservatrices sans être inquiété ni par l’Ue ni par d’autres
Etats membres.
Après le rejet du Traité établissant une Constitution pour l’Europe par
la France en particulier, nous étions nombreux à nous demander si ce
non était un non de gauche. Les tenants du non gauche revendiquait un
non de gauche populaire, un non du peuple. L’extrême droite, elle
aussi, revendiquait le non du peuple. Difficile de trancher dès lors :
non de gauche malgré tout européen ou non de droite foncièrement
hostile à l’Europe, au progrès et aux idées sociales ? À en croire les
tenants français du non de gauche, les rejets français et hollandais du
TCE, puis le rejet irlandais du Traité de Lisbonne, seraient
l’expression des peuples pour une Europe plus sociale, pour une Europe
débarrassée des politiques de la droite. Ironie du sort, au sujet de la
directive « retour », l’Europe des peuples a parlé aujourd’hui et
finalement nous sommes loin d’avoir assisté à une expression
progressiste de ceux-là. En effet, s’il y a bien une institution
populaire, représentant directement les peuples d’Europe, c’est le
Parlement européen. Or les représentants du peuple, bien loin de
rejeter un texte profondément conservateur, n’ont fait que l’encenser.
Ce n’est clairement pas la faute à l’Europe si une telle directive va
s’appliquer, la responsabilité en incombe directement à la droite
européenne : le PPE au Parlement européen ; les gouvernements de droite
issus du suffrage universels dans les Etats membres.
N’en déplaise donc aux eurosceptiques de gauche, notamment français :
aujourd’hui, quand l’Europe des peuples s’exprime, ce n’est sûrement
pas pour refuser les politiques libérales et conservatrices, mais
hélas, bien au contraire, pour les soutenir.
Diego Melchior
14 juin 2008
Redécouvrir le Traité de l'Europe sociale proposé par Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard en 2004.
L'Europe est en panne : c'est un fait. Relancer l'Europe, c'est proposer une Europe plus démocratique et plus sociale.
En 2004, Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard proposaient un projet de Traité de l'Europe sociale qui avait obtenu le consensus de tous les progressistes, et ce même avec l'absence de soutiens de la part de la direction des partis de gouvernement. Voici la tribune qui était publiée dans Le Monde du 9 juin 2004 et qui comportait déjà de nombreux signataires, et non des moindres.
Cinq critères pour l'Europe sociale
par Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard
Comment Jacques Chirac pourrait-il refuser au peuple français de se prononcer sur un texte aussi important qu'une nouvelle Constitution ? Le traité de Maastricht fut soumis à référendum, le quinquennat fut soumis à référendum, le statut de la Corse fut soumis à référendum et, aujourd'hui, après Tony Blair, ce sont Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et l'ensemble de l'UMP [Union pour la majorité présidentielle] qui demandent un référendum.
Il y aura probablement un référendum, et tout le monde sent bien que le non risque de l'emporter si le texte proposé aux citoyens reste trop proche de celui issu des travaux de la Convention.
Cette Constitution ne répond pas suffisamment aux attentes des citoyens. Elle ne donne pas à l'Europe un projet concret et mobilisateur. Dès lors, pourquoi ne pas profiter de l'initiative de Blair pour corriger le tir avant qu'il ne soit trop tard ? Pourquoi ne pas améliorer le texte avant que les peuples ne disent non ? La nouvelle Constitution n'entrera en vigueur qu'en 2009. Pourquoi ne pas prendre quelques mois pour améliorer le texte et lui donner les meilleures chances d'être accepté par les citoyens ?
"Votez oui à Maastricht, et on se remettra au travail tout de suite sur l'Europe sociale", affirmait Jacques Delors quelques jours avant le référendum sur Maastricht.
Il reconnaissait que le traité était très insuffisant en matière sociale mais demandait aux citoyens de ne pas casser la dynamique européenne. Le oui l'avait emporté d'extrême justesse.
Douze ans plus tard, alors que la crise sociale s'aggrave
dans tous les pays d'Europe, alors que des millions de citoyens
(Autrichiens, Italiens, Allemands, Français et bien d'autres
encore) sont descendus cette année dans les rues pour dénoncer
la régression sociale qu'on veut leur imposer, l'argument
"Faites nous confiance, on va se mettre au travail"
ne portera plus. Si l'on ne veut pas que le non l'emporte aux
référendums de ratification, si l'on ne veut pas
que l'Europe se disloque ou devienne une zone de libre-échange
sans puissance politique, il faut d'urgence inclure dans la Constitution
un vrai complément social. Un traité, un accord,
un pacte aussi concret, ambitieux et contraignant que le fut le
traité de Maastricht en matière monétaire.![]()
Le traité de Maastricht comportait cinq critères (un déficit inférieur à 3 % du PIB; une dette inférieure à 60 %...). De même, nous proposons cinq objectifs, et donc cinq critères pour l'Europe sociale :
un emploi pour tous : un taux de chômage inférieur à 5%;
une société solidaire : un taux de pauvreté inférieur à 5%;
un toit pour chacun : un taux de mal-logés inférieur à 3%;
l'égalité des chances : un taux d'illettrisme à l'âge de 10 ans inférieur à 3%;
une réelle solidarité avec le Sud : une aide publique au développement supérieure à 1% du PIB.
L'objectif pour nos démocraties doit être l'éradication totale de la pauvreté, du travail précaire et du chômage de longue durée. Mais, comme première étape, nous proposons que des sanctions comparables à celles infligées aux pays qui sortent des critères de Maastricht soient prévues pour les Etats qui ne respecteraient pas ces critères sociaux en 2015.
A nous d'aller voir comment nos voisins danois sont parvenus à faire tomber l'illettrisme à 3%. A nous d'aller voir en Hollande comment ont été réglés les problèmes de logement ou comment la Suède a fait reculer la pauvreté.
Le traité doit comporter également des garanties fortes en matière de financement des systèmes de sécurité sociale et de pérennité des services publics. Le droit de la concurrence a pris une place excessive dans la construction européenne. Il est temps de reconnaître à sa juste valeur l'importance des services publics.
Le traité doit aussi mettre fin au moins-disant social que provoque la règle d'unanimité en matière fiscale et ouvrir la possibilité de créer un impôt européen (écotaxe, impôt sur les bénéfices ou taxe Tobin améliorée).
Nous avons été capables de créer une monnaie
unique. Douze Etats qui décident de faire monnaie commune,
c'est du jamais-vu en temps de paix. Nous avons vaincu l'inflation
: en quelques années, elle est passée de 12% à
2% ! Pourquoi ne pas lutter avec autant de force contre la précarité
ou l'illettrisme ? Pourquoi ne pas nous attaquer vraiment au mal-logement
ou au mal-développement ? N'est-ce pas le meilleur moyen
d'affirmer concrètement nos valeurs humanistes, le meilleur
moyen de réconcilier l'Europe et les Européens ?![]()
Jacques Delors, Bronislaw Geremek, José Bové, Enrique Baron Crespo (président du groupe socialiste au Parlement européen), Jean Daniel, Susan George, Antonio Guterres (président de l'Internationale socialiste), Elio Di Rupo (président du PS belge), Piero Fassino (secrétaire général de Democratici di sinistra), Bruno Trentin (CGIL), René Passet, Timothy Radcliffe, Gérard Onesta (vice-président du Parlement européen), Daniel Lebègue, l'abbé Pierre, Philippe Guglielmi, Mgr Ricard, Mgr Rouet, Jean-Maurice Dehousse (ancien ministre-président de la Wallonie), Dominique Plihon, Robert Goebbels (ancien ministre de l'économie luxembourgeois), Jean-Jacques Viseur (ancien ministre des finances belge), Claudy Lebreton, Alain Rousset, Pierre Joël Bonté, Dominique Wolton, Marie-Christine Blandin, Martin Hirsch (Emmaüs), Gérard Pelletier, Alain Trautmann (Sauvons la recherche), Axel Kahn, Patrick Pelloux, Esther Munoz, François Dufour, le MNCP (Chômeurs et précaires), quelque 250 parlementaires et des milliers de citoyens issus de neuf pays de l'Union ont déjà signé la pétition en faveur d'un vrai traité de l'Europe sociale (www.europesociale.net).
C'est la première fois que Jacques Delors et José Bové signent un texte commun. C'est la première fois que Mgr Ricard et Philippe Gugliemi (Liberté laïcité) signent le même appel. Il n'est pas courant de voir s'associer des responsables d'Attac et un ancien directeur général de la Caisse des dépôts... Si tous ont signé, c'est qu'il y a urgence. La Suède a dit non à l'euro car elle était inquiète pour son modèle social. Si rien ne change, le non risque fort de l'emporter dans deux ans dans plusieurs pays fondateurs de l'Union, dont la France. Dans quel état l'Europe sortira-t-elle de la crise ?
"Par notre inertie, nous enlevons au monde son visage humain", écrivait le philosophe Alain (1868-1951). En ne se donnant pas les moyens de devenir une force politique, diplomatique et militaire, l'Europe participe à la déshumanisation du monde. Il y a dix ans, Shimon Pérès et les autres signataires des accords d'Oslo demandaient à l'Europe de les aider à construire la paix au Proche-Orient... Dix ans plus tard, tous les matins, la radio nous apprend combien d'hommes, de femmes ou d'enfants sont morts sur les rives du Jourdain, du Tigre et de l'Euphrate... et nous nous sentons dramatiquement impuissants.
Face aux déséquilibres et aux drames que provoque
l'impérialisme américain, il est temps de réagir
et de faire naître une Europe politique, disposant d'une
diplomatie et d'une armée. Oui, il y a urgence à
faire naître cette Europe politique, capable de tirer richesse
de sa diversité.
Mais il n'y aura pas d'Europe forte sans soutien des opinions
publiques : pas d'Europe politique sans Europe sociale.
Et dans l'état actuel des choses, c'est par elle qu'il
faut commencer.
Stéphane Hessel est ambassadeur de France. Pierre Larrouturou est porte-parole de l'Union pour l'Europe sociale. Michel Rocard, ancien premier ministre, est député européen.
Le texte du Traité de l'Europe sociale :_Users_diegomelchior_Desktop_europe_sociale
13 juin 2008
L'Union européenne en crise.
Une majorité d’Irlandais qui s’est rendue aux urnes a donc rejeté, suite au referendum, le Traité de Lisbonne.
18 pays sur 27 l’avaient pourtant déjà ratifié… La règle était connue
d’avance : il suffit du rejet du texte par un Etat membre pour enterrer
définitivement celui-ci. C’est la règle. Depuis 2005, l’Europe est en
panne. Sarkozy avec son Traité simplifié pensait pouvoir relancer la
construction européenne mais, cette fois, c’est définitivement raté.
La construction européenne est donc à nouveau bloquée. C’est
aujourd’hui un fait. Évidemment, les dirigeants européens, de droite
comme de gauche, ont été très peu nombreux à réellement vouloir que la
construction européenne, bloquée avec le rejet du TCE par les Français
et les Néerlandais en 2005, puisse repartir. Bien sûr, l’idéal aurait
été un referendum européen et non pas une succession de consultations
nationales référendaires ou parlementaires comme cela a été le cas pour
le TCE comme pour le Traité de Lisbonne. C’est ce que rappelait encore Fabien Cazenave des Jeunes Européens hier soir lors de l’émission Bouge la
France sur Public Sénat…
Un manque de courage politique ensuite de la part de nombreux
dirigeants politiques. On citera bien sûr Nicolas Sarkozy et la droite
française négociant un nouveau Traité sans protocole social, prenant le
risque de fédérer contre ce traité une nuée d’opposants dits de gauche.
On pourra citer aussi Tony Blair, puis Gordon Brown qui ont préféré,
l’un pour le TCE en 2005, l’autre pour le Traité de Lisbonne en 2008,
attendre de voir comment tournerait le vent avant d’engager leur pays
sur une consultation, alors que ce sont des pays comme le Royaume-Uni
qui devraient montrer l’exemple et non pas, en cas d’éventuels
consensus entre tous les autres Etats membres, s'y rajouter ultimement
en traînant la patte…
Si les adversaires de l’ancien Traité constitutionnel comme les
adversaires du Traité de Lisbonne n’ont pas hésité à flatter les bas
instincts en usant habilement de rhétoriques nauséabondes de type
populiste, conspirationniste et nationaliste, les partisans de la
construction européenne ont sûrement eux aussi fauté en n’offrant pas
aux citoyens préoccupés et touchés par une crise sociale mondiale des
arguments forts au sujet de l’Europe sociale.
Il est clair aujourd’hui qu’il y a deux raisons de fond qui expliquent
la défiance généralisée des Européens vis-à-vis de la construction
européenne.
D’abord, c’est le retour d’une grande vague nationaliste sur toute
l’Europe. La France est sûrement un exemple flagrant de ce retour du
nationalisme que se partage aussi bien entre des gens comme Jean-Marie
Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ce dernier ne cherchant même plus
l’originalité dans ces arguments mais se contentant de reprendre la
vieille argumentation stalinienne… Preuve en est son dernier billet sur le vote irlandais où, entre d’autres propos odieux, on pouvait lire cela : « Et il ne faut pas manquer dans
le même numéro l’interview inouïe, mais tellement allemande, de Daniel Cohn-Bendit »… Cela ne vous rappelle-t-il pas le fameux « anarchiste allemand » de Georges Marchais ?
Le nationalisme, on a aussi vu son plus sinistre visage ces derniers
mois en Irlande à travers la campagne du Sinn Féin, ce parti politique
qui partant de la gauche au début du XXe siècle termine aujourd’hui
plus rouge-brun que rouge… En Italie aussi, pour citer un dernier
exemple, l’offensive anti-europénne portée par la Ligue du Nord ne fait
que commencer. Rappelons que la droite avait déjà proposé de sortir de
l’euro, maintenant c’est de la modification de la convention Schengen
dont il s’agit…
Mais le retour du nationalisme dans toute l’Europe ne saurait suffire
pour expliquer la défiance des citoyens vis-à-vis de cette dernière. En
effet, si le nationalisme est si fort, c’est bien parce qu’il existe un
terreau sur lequel il peut se développer. Ce terreau c’est un malaise
social grandissant. Bien sûr, il y a les réalités d’une part et d’autre
part l’instrumentalisation qui fait accuser l’Europe d’être responsable
de ce malaise. Mais c’est plus compliqué que cela : ce ne sont pas les
institutions et les politiques européennes qui en sont responsables
mais l’absence d’intégration politique plus forte et surtout l’absence
d’une véritable politique sociale au niveau européen.
Voilà donc le double constat que l’on peut faire et qui peut expliquer
grosso modo la défiance croissante des Européens vis-à-vis de l’Europe.
Maintenant que l’Europe est de nouveau en panne, plusieurs attitudes
sont possibles. Mais le plan B tout frais tout chaud qui devait sortir
d’une boîte magique n’existe pas. En revanche, des choix politiques
clairs peuvent être faits par les Etats-membres :
- on arrête tout, cette fois, c’est
terminé, on s’en remet aux Traités de Nice et les Etats membres qui
n’en peuvent plus de l’Europe prennent leur responsabilité en la
quittant – c’est sûrement ce que souhaitent l’extrême droite et une
bonne partie de la droite qui refuse l’intégration politique ;
- on fait revoter les Irlandais d’ici quelques mois sur ce même
texte ; c’est une solution sûrement absurde mais il y aurait bien
quelques apprentis sorciers pour la proposer ;
- on fait voter tous les Etats membres sur un nouveau
texte conçu au niveau intergouvernemental ; c’est aussi
particulièrement irréaliste car une troisième tentative ne serait suivi
que par très peu d’Etats membres ;
- on fait revoter
tous les Etats membres sur le Traité de Lisbonne complété par un
protocole social élaboré par la CES, BusinessEurope (lobby des
entreprises) et les institutions européennes ; c’est un possibilité
mais cela nécessite une forte volonté politique des gouvernements ;
- on envisage une Europe à deux vitesses, ceux qui veulent aller
plus loin dans la construction et ceux qui veulent rester à la marge ;
c’est possible mais difficilement concevable au plan institutionnel ;
- on fait voter tous
les Européens pour une constituante européenne des peuples, c’est ce
que demande la gauche radicale sans bien en préciser les modalités.
Tout cela induit des débats importants. Mais aujourd’hui, une chose est
sûre, alors que certains se réjouissaient encore de voir dans l’Euro
2008 la matérialisation même d’une Europe qui fonctionne, la réalité
quant à elle est bien différente. L’Europe est en panne et le fait que
nos dirigeants s’en remettent d’ailleurs au sport comme preuve de
vitalité de la cause européenne est donc de ce point de vue-là
symptomatique d’un nationalisme grandissant d’une part et d’un
détournement des problèmes sociaux d’autre part sur un des
divertissements sportifs des plus grégaire…
Diego MELCHIOR
10 juin 2008
Immigration : la France, bonne élève ou mauvais exemple en Europe ?
Chers amis,
L'association Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France a le plaisir de vous inviter à notre prochaine réunion. Elle aura pour thème : immigration : la France, bonne élève ou mauvais exemple en Europe? Nous aurons le plaisir de recevoir à cette occasion :
M. Jean-Louis MALYS
Secrétaire national de la C.F.D.T.
Mardi 24 juin 2008
19h - 20h30
Salle de conférence de Sauvons l'Europe
4, place de Valois - Paris, 1er arr.
Métro : Palais Royal
Nous profiterons de ce rendez-vous pour faire
également le bilan de la 2ème édition des Etats Généraux de
l'Europe où Sauvons l'Europe aura animé un atelier sur les
questions d'immigration. Le programme de la journée du 21 juin ici : http://www.etatsgeneraux
09 juin 2008
Message du collectif Sauvons l'Europe Île de France : comment adhérer ?
Chers amis,
Vous le savez, l'association Sauvons l’Europe - Collectif Ile-de-France a été créée cette année pour répondre au nombre croissant d'adhérents de Sauvons l'Europe habitant le territoirre francilien.
Les différentes formalités sont en phase terminale et notre compte-bancaire est en train d'être ouvert. Ainsi, je vous invite à adhérer à Sauvons l’Europe - Collectif Ile-de-France pour travailler ensemble et défendre nos valeurs communes pour que l’Europe avance.
Votre cotisation sera très utile à l'association, lui permettant notamment de mieux se structurer, d’organiser des événements de portée régionale, nationale et internationale, de rencontrer des personnes de tous les pays partageant nos valeurs européennes, et d’autres initiatives dont vous trouverez l’écho ou la description sur le site Internet national et sur celui de l'Ile-de-France, sans oublier notre blog.
Si vous
souhaitez que le montant de votre cotisation soit encaissée rapidement ou que
vous voulez éviter toute formalité papier, je vous invite
à régler votre adhésion en ligne (transaction simple, rapide et
sécurisée) au moyen du lien suivant : http://www.sauvonsleurope.org
Si vous préférez payer par chèque, vous trouverez, ci-joint, le formulaire de cotisation.
Le moment est donc venu de nous marquer votre confiance en adhérant à Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France.
Comptant sur votre fidélité et votre engagement, je vous prie d’accepter l’expression de mes amitiés européennes.
Fabien CHEVALIER
Président
Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France
Le site de Sauvons l'Europe : http://www.sauvonsleurope.org/
Le blog de Sauvons l'Europe : http://sauvonsleurope.over
Le site du Collectif Ile-de-France : www.sauvonsleurope-iledefrance
Pour adhérer en ligne à Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France (paiement sécurisé) : cliquez ici
Sauvons l’Europe est né aux
lendemains du rejet par une majorité d’électeurs français du projet de Traité
constitutionnel européen le 29 mai 2005.
L’association Sauvons
l’Europe s’est donnée pour ambition de lutter contre l’euroscepticisme
rampant au sein de la société française, notamment parmi l’électorat de gauche,
en prolongeant le débat démocratique né au cours de la campagne référendaire sur
le sens du projet européen.
Nous souhaitons ainsi démontrer qu’une Europe
politique et sociale est plus que jamais nécessaire dans le contexte de la
mondialisation afin de défendre nos valeurs humanistes et notre modèle de
développement solidaire.
23 mai 2008
Pour une politique européenne d’intégration des Roms.
Le retour de Silvio Berlusconi en Italie et la nomination d’un gouvernement comportant Roberto Maroni de Ligue du Nord comme ministre de l’Intérieur semble clairement éloigner de plus en plus l’Italie de l’Union européenne. La lutte contre l’immigration clandestine, cheval de bataille de la Ligue du Nord, parti populiste revendiquant son anti-européisme, reprend le devant de la scène des réformes avec la constitution d’un paquet sécurité qui devait être discuté à Naples, mercredi 21 mai. La politique d’immigration de la droite italienne semble prendre une dimension clairement anti-européenne. Roberto Maroni a assuré que l’Italie se réservait le droit de procéder à des expulsions massives et que la clandestinité devra être considéré comme un délit. Ces propos ont suscité l’ire de la vice-présidente du gouvernement espagnol qui a accusé le gouvernement italien de préparer une politique d’immigration non respectueuse des droits humains. On voit bien là tous les problèmes que cause la non existence d’une politique d’immigration commune.
Les attaques de la part du gouvernement italien contre les immigrés se sont notamment focalisées sur la communauté roumaine assimilée de manière générale à la communauté tsigane. De plus, l’Italie a été traversée ces derniers jours par des violences extrémistes (chasse aux roumains par des milices citoyennes auto constituées, incendie criminelle de camps de réfugiés tziganes, etc.). Celles-ci se sont en effet accrues avec les annonces du gouvernement de durcir sa politique vis-à-vis des immigrés aussi bien sur le territoire, par les expulsions, qu’aux frontières, par un contrôle policier accru. En Italie, les Roumains sont honnis par beaucoup qui les considèrent comme responsables de beaucoup de maux que connaît le pays. Les Roumains sont aussi indifféremment réduits aux Roms dans bon nombre de discours. Or tous les Roumains ne sont pas des Roms. Malheureusement, cette différence, le gouvernement en place ne semble pas la percevoir complètement…
Pourtant, la différence est très importante. Les Roumains, qui représentent la première communauté immigrée en Italie, sont issus d’un pays membre des pays de l’UE et sont donc soumis aux mêmes règles de circulation et d’accueil que tous les autres ressortissants européens. L’Italie n’a donc aucune raison d’attribuer à un traitement spécifique aux Roumains. La question des Roms est quant à elle bien différente. Les Roms qui résident en Italie viennent en effet pour une partie de la Roumanie mais aussi des Balkans, notamment de la Bosnie, de l’Albanie et de la Serbie, pays qu’ils ont bien souvent du quitter au moment des guerres d’ex-Yougolslavie.
En outre, les Roms ne sont pas une réalité spécifiquement italienne. En effet, la question des Roms ne peut pas se poser en termes d’immigration puisque ce peuple est originairement un peuple nomade. La question est donc bien celle de l’intégration des Roms au sein de l’UE. Les Roms forment une communauté qui n’obéit pas au schéma traditionnel de la communauté nationale (le territoire national n’a aucun sens pour eux) et c’est précisément cela qui pose problème à des sociétés nationales européennes comme l’Italie. Et c’est aussi pourquoi il ne saura jamais être question de la création d’un Etat tzigane comme le propose l’extrême droite européenne. Seule une politique européenne d’intégration des Roms et de lutte contre les discriminations peut être une réponse appropriée à la situation déplorable que connaissent aujourd’hui les Roms.
Ainsi, suite notamment aux violences contre les Roms qui ont eu lieu en Italie, les députés européens ont débattu, mardi 20 mai, en séance plénière du Parlement européen de la question de l’intégration des Roms. La situation des Roms est désastreuse dans toute l’Europe où cette communauté est de fait exclue de la société. Les Roms sont parqués dans des camps où toute dignité humaine a disparu. Les Roms, auxquels on accole encore des clichés d’un autre temps, alimentent à tort les plus nauséabonds fantasmes de la société. Les Roms, puisqu’on leur refuse tout intégration en niant leur spécificité et leur histoire, sont bel et bien traités comme des parias en Europe. Enfin, l’instrumentalisation d’un soi-disant péril Rom nourrit bon nombre de politique populiste.
Alors que faire ? Il est clairement indispensable, et cela a été demandé par le Parlement européen, de mener une politique européenne efficace d’intégration des Roms. Au plan social, il faut dans l’immédiat veiller aux conditions sanitaires des Roms, c’est-à-dire supprimer les taudis où s’entassent les communautés pour les reloger dans des espaces hygiéniquement conformes. Il faut aussi multiplier l’information vers les communautés pour qu’elle puisse scolariser leurs enfants. En outre, il est indispensable de lutter contre les discriminations que subissent les Roms. Mais surtout, les Etats membres et l’UE doivent mener un travail culturel vers les populations nationales pour briser tous préjugés sur les Roms. C’est probablement même la prémisse indispensable d’une véritable politique d’intégration des Roms. La tolérance vraiment devenir une valeur forte de l’Union européenne.
Les Roms ont contribué et contribuent encore à façonner l’identité européenne ; ils représentent même probablement à eux seuls cet idéal d’une Europe qui ne serait plus alourdie par des attachements nationaux. L’intolérance que les Roms subissent encore aujourd’hui ne doit pas être prise à la légère car, souvenons-nous que par le passé, cette même intolérance a conduit à la plus grande catastrophe humaine qu’ait connue l’Europe. C’est pourquoi, nous, Européens, nous devons nous engager à stopper toute vague de ressentiment contre la communauté Rom et nous engager à mener une véritable politique d’intégration des Roms au niveau européen.
Diego Melchior
