Sauvons l'Europe - SciencesPo.

15 octobre 2008

A Sciences Po, « Sauvons l’Europe » demeure à l’ordre du jour !

Après plus d’une année d’absence, le collectif Sauvons l’Europe se reconstitue à Sciences Po !

Trois ans après la création du mouvement Sauvons l’Europe qui avait suivi le rejet du Traité établissant un Constitution pour l’Europe, peu de chemin a été réellement parcouru vers une Europe sociale et politique.

Parce que nous ne nous satisfaisons pas d’une Europe qui ne serait qu’un libre marché où primeraient les petits arrangements entre nations, le collectif Sauvons l’Europe de Sciences Po entend poursuivre, avec l’ensemble des étudiants de l’Institut, le combat pour une Europe sociale et politique, le combat pour une Europe des citoyens.

Parce que nous refusons l’eurosceptiscisme, nous sommes convaincus que c’est par le débat, la confrontation d’idées et l’implication des citoyens eux-mêmes que nous pourrons continuer à construire une Europe qui réponde à l’aspiration de ces derniers. À Sciences Po, Sauvons l’Europe reprend ses activités en ce sens : l’organisation de conférences thématiques et la publication régulière d’un bulletin d’information largement diffusé auprès des étudiants.

La France préside le conseil de l’UE pour encore quelques mois. C’est aussi l’occasion de relancer fortement la construction européenne, grippé depuis de trop nombreuses années.

Les citoyens attendent en outre des réponses claires de la part de l’UE sur un certain nombre de sujets, notamment la crise financière. C’est pourquoi, en novembre, Sauvons l’Europe organisera une université thématique « Quelle réponse politique européenne à la crise financière ? ». Cet événement qui réunira de nombreux spécialistes est destiné en particulier aux étudiants.

Aujourd’hui, le mouvement européen démocratique et progressiste doit faire entendre sa voix car, nous en sommes convaincus, c’est dans l’Europe que les citoyens doivent voir leur avenir.

Dès maintenant, donc, à Sciences Po, soyons nombreux à rejoindre le collectif local de Sauvons l'Europe !

Je vote pour Sauvons l'Europe lors de la procédure de reconnaissance des associations.

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01 octobre 2008

Europe, terre d'asile ?

Chers amis,

La prochaine réunion de Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France aura pour thème : Europe, terre d'asile ? Nous recevrons à cette occasion :

 

 

M. Patrick DELOUVIN

Directeur du Pôle action sur la France d'Amnesty International

 

 

 

Jeudi 9 octobre 2008

19h - 20h30

Salle de conférence de Sauvons l'Europe

4, place de Valois - Paris, 1er arr.

Métro : Palais Royal

 

 

Vous trouverez quelques documents pour préparer cette réunion sur la page "Informations - formation" du site internet du Collectif IdF (http://www.sauvonsleurope-iledefrance.info/infos.html).

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20 septembre 2008

Walter Veltroni et l'mmigration

Avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en France et le retour de Silvio Berlusconi en Italie, les deux pays ont mené une offensive d’ampleur européenne au sujet de l’immigration poussant l’UE à se doter d’un politique d’immigration commune contraire aux idées véhiculées par les progressistes européens sur la question.


Alors qu’en France, l’opposition n’a pas su répondre clairement à Nicolas Sarkozy et à Brice Hortefeux au sujet de l’immigration, en Italie, le 1er septembre dernier, Walter Veltroni, secrétaire général du Parti Démocrate, écrivait une lettre à Gianfranco Fini, Président de la Chambre des Députés et leader du parti de droite, Alliance nationale, où il expose une vision de l’immigration, opposée en tout points à celle diffusée par les extrémistes de la Ligue du Nord ou par le maire de Rome, Gianni Alemmano.

Cette prise de position traduite ici en français, si elle concerne plus particulièrement l’Italie, comporte aussi une tonalité réellement européenne. C’est pourquoi, la vision développée ici par Walter Veltroni au sujet de l’immigration ne peut qu’aider les progressistes européens dans l’élaboration d’une alternative crédible aux projets touchant l’immigration portés par le camp conservateur.

Diego Melchior


"
Monsieur le Président,

Je vous écris afin de vous soumettre une question de la plus haute importance, parce qu’étroitement liée à un des plus grands et plus complexes sujets de notre époque : celui de l’immigration, des conséquences que provoquent les phénomènes migratoires dans tous les pays européens et dans nos sociétés, de comment la présence toujours plus forte et plus pérenne en Italie de citoyens étrangers changent notre vie et notre conception du vivre ensemble.

La question, pour laquelle vous-même, il y a quelque temps, vous avez fait preuves d’intérêt et d’ouverture, c’est celle du droit de vote aux élections municipales et aux autres élections locales pour tous ceux qui sont résidents en Italie depuis un certain nombre d’années même lorsqu’ils ne possèdent pas la nationalité italienne.

À ce propos, avec celle qui depuis toujours est engagée en première ligne sur ces sujets, la Député Livia Turco, je serai le premier signataire d’une proposition de loi constitutionnelle.

Je vous demande dès maintenant, par la présente lettre, de vous engager à permettre sa plus ample discussion au sein de la Chambre des Députés et d’en accélérer le plus possible le cheminement parlementaire.

Quand il s’agit du sujet de l’immigration, le temps n’est plus  aux discussions abstraites, aux préjugés dictés par des idéologies ou par des simplifications produites par une  vision (également médiatique) qui, au lieu de montrer la réalité, la déforme et la caricature. Ils sont trop fréquents et trop inquiétants les épisodes qui montrent la diffusion d’un virus dangereux, socialement nocif, composé d’intolérance, de pulsions xénophobes, de repli, d’hostilité, qui va jusqu’à la tentation aberrante de faire justice par soi-même.

La politique, l’entière classe politique, a une grande responsabilité, et doit faire extrêmement attention, en repoussant le risque de l’égoïsme social et en répondant à des demandes qui ne peuvent plus être reportées au lendemain : comment garantir, à la fois, accueil et légalité, intégration sociale et sécurité ? Comment construire des communautés inclusives, où chaque individu qui y est né, qui y vit et y travaille depuis des années devienne un citoyen reconnu qui possède des droits et des devoirs ? Comment éviter que dans nos villes se créent, sous le signe de la peur, des lieux séparés et non accessibles ?

Nous Italiens, qui avons été un peuple d’émigrants, nous devrions savoir mieux que les autres ce que signifie quitter sa terre natale, abandonner sa propre maison et affronter un voyage qui trop souvent signifiait une nouvelle vie, à la recherche d’une espérance meilleure et d’un futur meilleur pour soi-même et pour ses enfants ; nous devrions connaître l’intime vérité présente dans cette citation du grand écrivain Max Frisch : « nous voulions des bras, des hommes sont arrivés » ; nous devrions entendre de manière particulièrement intense, nous autres, Italiens, les très forts appels de ces derniers jours qui ont été faits au nom de l’accueil et de l’intégration.

Le droit de vote aux immigrés aux élections municipales et le droit d’être élus dans les institutions locales sont pour nous un premier engagement dans cette voix.  À la rigueur nécessaire pour lutter contre l’immigration clandestine et pour poursuivre ceux qui commettent des crimes qui privent les citoyens de leur droit fondamental à  la sécurité et à la tranquillité, il faut accompagner, toujours, la recherche et la promotion de l’intégration.

Légalité et intégration sont les deux grands piliers sur lesquelles peuvent s’appuyer les réelles possibilités d’un vivre ensemble civil. Et c’est vers un vrai et réel pacte réciproque entre Italiens et immigrés qu’il faut tendre. Un pacte fondé sur la reconnaissance et le respect des droits et des devoirs.

Celui qui réside depuis longtemps dans une des villes ou dans une des nombreuses petites communes italiennes et qui, par son travail, contribue à la vie de la communauté à laquelle il appartient, celui qui a ses enfants qui étudient et qui seront les artisans, les ouvriers, les commerçants et les dirigeants de demain, comme il a le devoir de payer les impôts et de respecter toujours et de toute façon la loi, doit se voir reconnu parmi ses autres droits celui de contribuer à choisir les administrateurs qui prennent les décisions pour lui et pour sa famille.

Le droit de vote, la participation, c’est cela : un moyen, un engagement ultérieur de responsabilité envers la communauté où l’on vit, et un instrument à la fois d’intégration et de partage d’un patrimoine commun de valeurs civiles, un moyen pour abattre chaque odieuse forme de discrimination et pour promouvoir, au contraire, une plus grande et plus solide cohésion sociale, une démocratie inclusive.

C’est cela la teneur, le sens, de la proposition de loi constitutionnelle du Parti Démocrate, avec l’espoir qu’avec elle puisse se dérouler un débat concret, ouvert et approfondi, comme il se doit d’advenir quand sont en jeu le bien du Pays et le futur de tous les Italiens.

Walter Veltroni
"

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19 septembre 2008

Sauvons l'Europe par le fédéralisme ?

Chers amis,

C'est la rentrée pour Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France avec une réunion sur le thème du fédéralisme. Nous recevrons à cette occasion :

 

 

M. Fabien CAZENAVE

Rédacteur en chef du Taurillon

Membre du bureau national des Jeunes Européens France

 

et

 

M. David SOLDINI

Vice-président de l’Union pour l’Europe Fédérale - France

(sous réserves)

 

 

Lundi 22 septembre 2008

19h - 20h30

Salle de conférence de Sauvons l'Europe

4, place de Valois - Paris, 1er arr.

Métro : Palais Royal

 

 

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02 septembre 2008

Oui, à la Turquie dans l'Europe !

Retrouvez les blog de MIchel Rocard, coanimé par Ariane Bonzon et Joël Roman :

http://www.ouialaturquie.fr/


 

 

Oui à la Turquie:  je le dis sans ambages car j'en suis de plus en plus convaincu, l'avenir de l'Europe passe par la Turquie.   

 

L'Union européenne doit intégrer la Turquie en son sein. Nous avons nous, les Européens, un intérêt au moins aussi grand que celui des Turcs à arrimer ce pays à notre continent. L'adhésion de cette nation musulmane, puissante et  en plein essor économique ne  servira pas  les seules ambitions  de cette  dernière. L'adhésion de la Turquie, c'est une assurance - vie pour l'Europe.

 

La question turque est l'occasion rêvée pour faire ce que nous n'avons pas su faire correctement et plus tôt, poser enfin  les vraies questions: celles qui touchent à l'identité de l'Europe, à sa véritable vocation maintenant qu'elle s'est décidée à s'élargir, à sa mission dans le monde,  laquelle est certainement de contribuer à rapprocher les peuples. Et je pense que c'est justement aussi parce que la Turquie est  musulmane que nous avons intérêt à ce qu'elle intègre l'Union européenne. C'est bien de cela que je voudrai entretenir le lecteur dans cet ouvrage. 

Michel Rocard 

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28 juillet 2008

L’Europe des peuples est-elle forcément progressiste ?

Nous nous souvenons tous, lors de la campagne française de 2005 sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, qu’une partie du camp progressiste avait, en dépit de ses justifications proeuropéennes, fait campagne pour le non au référendum.

Cela avait beaucoup fait débat, notamment lorsque certains leaders importants du Parti Socialiste comme Laurent Fabius avait appelé les citoyens à voter non. Effectivement, il était assez étonnant qu’une partie du camp progressiste – les sociaux démocrates ont toujours soutenu la construction européenne – ne soutienne pas un Traité qui aurait permis à la construction européenne de franchir un nouveau pas.

 

Les « nonistes de gauche » français, comme d’ailleurs les partisans irlandais de gauche en faveur du non au Traité de Lisbonne, justifiaient leur refus par un argument essentiel : le Traité établissant une Constitution pour l’Europe comme le Traité de Lisbonne ne seraient pas des traités sociaux, au contraire ils graveraient dans le marbre les seuls principes économiques du libéralisme. Nous ne reviendrons pas ici sur le débat d’alors qui avait opposé les tenants du oui aux tenants du non.

 

Ainsi, une fois que le non l’avait emporté, les nonistes de gauche comme d’ailleurs les souverainistes de droite et d’extrême droite opposés au Traité, expliquaient que la victoire du non était l’expression directe du peuple. À gauche, on traduisait cela comme un rejet populaire de l’Europe libérale et à droite comme un rejet populaire d’une Europe accusée de dissoudre les identités nationales.

 

L’Europe des peuples alors, de gauche ou de droite ?

 

Un rejet populaire donc ? Soit, mais force est de constater qu’entre le peuple progressiste souhaitant une Europe sociale tel qu’il a été défini par les nonistes de gauche et le peuple préférant le repli national à l’intégration européenne de la droite souverainiste et de l’extrême droite, il y a un gouffre ! Comment donc savoir ce que le peuple souhaitait exprimer ?

 

Hélas, c’est très rapidement que nous avons pu savoir ce que souhaitaient réellement les peuples. L’erreur des nonistes de gauche fut en effet de croire en un peuple idéalisé qui serait progressiste par essence. En France, c’est la référence au peuple de 1789 qui a été dominante.

 

Mais aujourd’hui tout est bien différent, croire que le peuple est par essence porteur de progrès relève de l’erreur d’analyse historique et politique. Les faits sont là pour nous le prouver : aujourd’hui l’Europe des peuples est de droite et ce sont bien les idées libérales-conservatrices qui semblent avoir triomphé.

 

La majorité des gouvernements des États membres, élus démocratiquement, est aux mains de la droite et le Parlement européen, lui aussi élu démocratiquement par les peuples, est dominé par un PPE qui ne fait preuve que très rarement de modération comme le prouve le vote récent de la directive « retour »

 

C’est donc un double mouvement que l’on constate aujourd’hui : d’un côté une Europe chargée du « sale boulot » (la politique d’immigration par exemple) et veillant au fonctionnement d’un libre marché ; d’un autre côté un repli national sur les questions sociales et de politiques étrangères.

 

En avril 2005, lors d’un meeting, Jacques Nikonoff, alors président d’ATTAC, déclarait : « Si la France a le courage de dire non le 29 mai prochain, ne croyez pas qu’elle sera isolée. Au contraire, elle reprendra la main et même se retrouvera au centre du jeu européen. Et nous, les partisans du Non antilibéral porterons les valeurs de l’universalisme et l’esprit des Lumières par toute l’Europe. Il y a comme un parfum de Valmy qui flotte dans l’air ! » Aujourd’hui, une telle phrase fait presque rire car de l’Europe antilibérale, sociale et progressiste on en est très loin !

 

L’Europe sociale passe par un renforcement des institutions et un pôle progressiste européen fort

 

Les nonistes de gauche et les progressistes eurosceptiques ont donc fait une grave erreur en accusant les institutions européennes d’être responsable des carences de l’Europe en matière de social. Faire feu sur l’Europe en l’accusant continuellement de promouvoir un modèle libéral n’est clairement pas une stratégie gagnante.

 

Au contraire, construire l’Europe sociale c’est passer inévitablement par plus d’Europe. Exit donc les boucs émissaires faciles à désigner : Bruxelles, la Commission, le Royaume-Uni, le plombier polonais, les nouveaux entrants, l’élargissement, les technocrates, les lobbys, etc.

 

Le camp progressiste doit se reprendre en main. S’il veut voir triompher ses idées, ce n’est donc pas en critiquant l’Europe qu’il y parviendra mais bien en défendant au plan politique une Europe plus démocratique qui accorde plus de pouvoirs au Parlement et moins de place aux choix des gouvernements nationaux.

 

En parallèle, les progressistes doivent lancer une véritable campagne européenne d’explication et de promotion de leurs idées pour pouvoir gagner les élections européennes et faire en sorte que cette fois les peuples confient réellement les rênes de l’Europe à la gauche. Cela implique pour le PSE de refuser tout compromis avec le PPE mais en revanche de nouer des liens solides avec les Verts et le Parti Démocrate Européen.

 

Il est donc nécessaire que le PSE dispose d’un programme européen clair et ambitieux (comme le Manifesto 2009) qui devra être porté par des candidats réellement sensibles aux questions européennes. La construction de l’Europe sociale passe donc par une Europe plus démocratique, avec notamment un Parlement fort où le camp progressiste sera prêt à y porter un vrai projet européen.

Diego Melchior

Article initialement publié sur Le Taurillon . fr

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08 juillet 2008

Faire l'Europe politique et sociale

Contribution thématique au congrès de Reims du Parti Socialiste des 14-15-16 Novembre 2008.

L’Europe traverse une crise majeure, elle ne fait plus l’objet d’aucun dessein politique.

 

Son affaiblissement, pourtant, signifie un désordre accru de la mondialisation avec des conséquences néfastes pour les plus faibles. Cela n’est pas acceptable. Nous, socialistes, devons inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union européenne ne dissolve sa fragile exception sociale dans une grande zone d’échanges dérégulés.

 

Pour cela, nous devons associer la dimension européenne à chacune de nos réflexions et de nos actions. Il nous faut également consolider le camp du Progrès en Europe, afin que celui-ci s’oppose à un autre, conservateur.

 

Ainsi, nous avons la charge de politiser le débat à l’échelle de l’Europe pour éviter qu’un consensus technique et sans ambition s’empare de chacune des décisions de l’Union. Pour qu’une Europe politique voie le jour, il faut un espace public européen et donc un terrain supra national de confrontations des projets politiques.

 

Faire l’Europe politique et sociale

 

Pour la quatrième fois depuis le début du siècle, un référendum sur un traité réformant les institutions européennes se conclut par un « non ». L’Irlande, déjà, avait rejeté le traité de Nice en 2001, la France et les Pays-Bas avaient refusé le traité constitutionnel en 2005. Qu’on les trouve justifiés ou non – pour notre part nous les regrettons – ces choix démocratiques traduisent la distance, le divorce entre l’Europe et les Européens. Disons-le sans fard : l’Europe traverse une crise majeure, la plus grave depuis le début de la construction européenne. Elle ne fait plus l’objet d’aucun dessein politique. Son affaiblissement, pourtant, signifie un désordre accru de la mondialisation, des conséquences dramatiques pour les pays les plus pauvres, les équilibres humains, économiques, sociaux et écologiques de la planète. Nous, socialistes, avons d’urgence à inventer un nouveau projet européen pour éviter que l’Union ne dissolve sa fragile exception sociale dans une grande zone dérégulée de libre échange. L’Union européenne est plus que jamais nécessaire pour défendre nos valeurs et offrir à un monde instable et dangereux un modèle de développement solidaire.

 

Ressusciter la dernière utopie politique requiert d’européaniser tous nos habitus militants. L’Europe n’est ni un sujet à part, bon pour les seuls cours d’éducation civique ou les jumelages pour certains folklorisés, ni le paravent commode de nos propres turpitudes. Il fut un temps où les socialistes français savaient porter haut l’ambition européenne. Depuis, que s’est-il passé ? C’est comme si nous avions été chiraquisés de l’intérieur ! De grâce, cessons d’exiger à Bruxelles une hausse du prix du blé pour promettre à Paris une baisse du prix du pain. Les épreuves du pouvoir que nous avons traversé nous confortent dans l’idée qu’il faut mener en cohérence et en transparence le programme de gouvernement en France et en Europe. Faire de l’Union européenne un bouc-émissaire arrangeant, c’est nous condamner à nombre de désillusions électorales à venir et, surtout, à élargir la crise de légitimité du politique dans notre pays. Cette duplicité n’est plus admissible.

 

La prétendue obsolescence d’une pensée socialiste ne vient sûrement pas de ses valeurs mais de son champ de pertinence national. La liberté dans l’égalité n’est plus pensable ailleurs que dans le cadre européen, ou au-delà encore, sauf à sombrer dans la démagogie. Européaniser la pensée politique, c’est se défaire d’une conception spécialisée de l’Union européenne. Européaniser la pensée politique, ce n’est pas que parler d’agriculture, de qualité de l’eau, de recherche, d’Airbus ou de Galiléo sous prétexte que ce seraient-là des domaines de compétence communautaire. Européaniser la pensée politique, c’est au contraire associer la dimension européenne à chacun des attendus du débat public et des priorités politiques et permettre que les ambitions communautaires se concrétisent jusque dans notre quotidien. C’est désormais l’unique antidote sérieux à la grande transformation des économies et des sociétés.

 

La construction européenne ne sera crédible en Europe qu’à la condition de démontrer très concrètement aux citoyens que leur existence est meilleure avec l’Europe que sans et que cela se voit. Européaniser la pensée politique, c’est surtout, et c’est ce qui fera difficulté en France, quitter les habits de l’idéologie pour épouser ceux d’un réformisme de gauche qui assume l’économie sociale de marché.

 

Car nous nous devons d’imaginer une autre Europe politique. Avec toutes les autres formations social-démocrates et syndicales, les socialistes français ont, plus que jamais, vocation à contribuer à ce que s’édifie une Europe démocratique et sociale. On chicanera volontiers que l’Europe politique existe déjà. Celle des conférences intergouvernementales et des institutions communautaires. Nous, socialistes, avons à lui ajouter l’Europe de la politique. Cette Europe-là se décline dans le débat des citoyens, dans leur mobilisation critique, dans leurs résistances chaque fois que la marchandisation grignote le volontarisme humaniste. L’Europe donne aujourd’hui le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative possible à la politique menée et encouragée par les enragés de la déréglementation. Cela ne nous rappelle que trop le fameux et funeste « There is no alternative » de Mme Thatcher. Et c’est au fond le cœur des reproches adressés à la « technocratie bruxelloise » : ne rien inventer, ne rien rêver, pas même espérer, seulement arranger. C’est un paradoxe sans doute, mais pour réunir, l’Europe doit maintenant diviser. Unis ici, les socialistes ont pour tâche de mettre le conflit des idées au cœur de la construction européenne.  A l’échelon des institutions européennes, les socialistes mettront davantage en évidence les clivages fondateurs des sociétés modernes, même si, heureusement, ils n’en reprendront pas toutes les caractéristiques nationales. A l’échelon européen aussi, il doit exister une possibilité d’alternance politique, des lignes traçant le périmètre de philosophies politiques concurrentes. Bâtissons, au-delà des frontières étroitement nationales, un camp du Progrès, et nous verrons s’en distinguer un autre, fait d’ordre et de conservatisme. L’alternance est le signe d’une démocratie en bonne santé. Nous prônons donc la possibilité d’alternances au niveau communautaire parce que nous, socialistes, voulons que l’Europe soit une société laïque de droit, de liberté, d’égalité et de solidarité. Certes, on objectera que la démocratie européenne doit rassembler des pays gouvernés aussi bien par la gauche que par la droite. On ajoutera, à raison, qu’être « de gauche » ou « de droite » recouvre des réalités différentes selon l’Etat auquel on se réfère. Enfin, on conclura, pour permettre l’alternance politique, à la nécessité de vrais partis politiques européens, avec une cohérence idéologique, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

 

Et pourtant, n’observe-t-on pas ici et là les prémices d’une véritable politisation de l’Europe ? Ne doit-on pas saluer avec force la volonté du Parti Socialiste Européen d’élaborer une plate-forme électorale commune pour tous ses partis membres en vue des élections au Parlement européen de juin 2009 ? Les euro-manifestations organisées par la Confédération Européenne des Syndicats ne traduisent-elles pas l’existence de préoccupations et de revendications communes à l’ensemble des salariés européens quel que soit leur Etat d’origine ? Quelle conscience les militants socialistes en ont-ils ? Une Europe politique et sociale est plus que jamais nécessaire dans le contexte de la mondialisation afin de défendre nos valeurs humanistes et notre modèle de développement solidaire. Le traité de Lisbonne n’est pas la panacée, il n’est pas parfait, il est trop complexe, mal rédigé, il ne prend pas en compte les symboles de l’Union, il aurait pu et dû être plus ambitieux. Mais beaucoup de ses dispositions méritent d’être conservées. Si elles le sont, le traité de Lisbonne entre en application, le Parlement européen investira le Président de la Commission européenne sur proposition du Conseil européen en tenant compte des résultats aux élections du Parlement. Ce qui peut sembler une évidence fournirait une légitimité démocratique plus grande au Président de la Commission. Démocratisation et politisation étant les deux faces de la même pièce (d’Euro bien sûr), cela permettra également de politiser davantage les élections européennes.

 

En effet, comment les chefs d’Etat pourraient-il justifier la nomination d’un Président de la Commission « de droite » si la majorité du Parlement est « de gauche » ? Pareillement en ce qui concerne la nomination des commissaires pour les secteurs les plus sensibles. Dorénavant, et même si la composition de la future Commission européenne devrait s’inspirer du principe de la formule magique suisse, les citoyens, par leur vote, pourront peser sur la coloration politique de l’institution censée représenter l’intérêt général de l’Union européenne. Si l’Europe a su emprunter à ses pères fondateurs un art consommé du consensus, force est de constater que celui-ci secrète aussi aujourd’hui une bonne part de l’euroscepticisme. Or, c’est désormais une erreur de confondre le consensus qui ne fait pas de politique et le compromis, indispensable, qui en fait. Nous invitons les socialistes français, nos camarades, à se faire les artisans du compromis, pour la réforme, et laisser aux démocrates-chrétiens les tentations du consensus désormais obsolète. La pratique du compromis, celle aussi du dialogue entre les partenaires sociaux et avec la société civile organisée, constituent le régime routinier et heureusement apaisé des démocraties libérales. Les socialistes ne confondent pas le réformisme et le pragmatisme sans ambition, tout simplement parce que le réformisme social-démocrate, que nous revendiquons, conserve pour horizon l’idéal d’une société d’égaux émancipés et ne se contente pas d’une gouvernance gestionnaire incapable d’imaginer les nouvelles formes de la régulation des économies. Le réformisme n’est ni la compromission ni la lâcheté : sachons qui nous sommes, nous socialistes européens, déterminons ce que nous voulons faire et examinons ce que, dans l’immédiat, nous pourrons faire, sans pour autant nous laisser endormir par les bonimenteurs de la prudence toujours et partout. L’Europe doit être l’occasion de refaire de la politique. C’est cette Europe de la politique que nous, socialistes, devons refonder et nous refonder avec elle.

Cette contribution thématique n’est le produit d’aucun courant du Parti socialiste. Elle n’est que le fruit des réflexions libres et personnelles de deux militants. Premiers signataires (par ordre alphabétique) : 1) Yohann ABIVEN (co-auteur) 2) Fabien CHEVALIER (co-auteur) 3) Elisabeth GUIGOU 4) Jean-Pierre MIGNARD 5) Pierre MOSCOVICI


Liste complète des signataires au 27 juin 2008 :

  • Denise ABBES, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • Yohann ABIVEN, section Jean-Jaurès (Rennes-Centre), secrétaire général de Sauvons l’Europe
  • Klervie BOCHÉ, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • François BONTEMS, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • Frédéric BOURCIER, Premier secrétaire fédéral d’Ille-et-Vilaine, adjoint au maire de Rennes en charge de l’urbanisme et de l’aménagement
  • Olivier BRUNET, section de Bruxelles, fonctionnaire européen
  • Fabien CHEVALIER, section Paris 14ème – Petit Montrouge, président de Sauvons l’Europe – Collectif Ile-de-France
  • Matthias FEKL, adjoint au maire de Marmande en charge des finances
  • Claire GUIDI, conseillère déléguée du 4ème arrondissement de Paris
  • Elisabeth GUIGOU, députée, ancienne ministre
  • Aleksander GLOGOWSKI, conseiller fédéral – Paris
  • Elisabeth GUY-DUBOIS, conseillère déléguée  du 14ème arrondissement de Paris
  • Catherine GUY-QUINT, députée européenne
  • Matthieu HORNUNG, section de Bruxelles, fonctionnaire du groupe PSE au Comité des régions
  • Bettina LAVILLE, déléguée nationale, présidente de Convictions
  • Valéry-Xavier LENTZ, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • David LE ROUX, section de Saint-Brieuc
  • Diego MELCHIOR, section Science Po. Paris
  • Jean-Pierre MIGNARD, délégué national auprès du Premier secrétaire
  • Carlos MORET, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • Pierre MOSCOVICI, député, ancien ministre
  • Michel OTTAWAY, section Paris 10ème, membre de la commission fédérale Europe
  • Olivia POLSKI, conseillère de Paris, adjointe au maire du 14ème arrondissement en charge des secteurs scolaires et périscolaires
  • Emmanuel ROZENBLUM, section Paris 14ème – Petit Montrouge
  • Camille SPIRE, secrétaire de la section Science Po. Paris
  • Alain VERGER, fédération de Loire-Atlantique

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21 juin 2008

L’Europe toujours en danger !

Position de l'association après le non irlandais.

La construction d’une Europe politique est à nouveau mise à mal par le résultat du référendum en Irlande. Les Français sont très mal placés pour faire la leçon aux Irlandais. Pourtant, il faut bien dire que le résultat de ce référendum a de graves conséquences pour l’Europe, en la replongeant dans une criseinstitutionnelle dont on se demande encore une fois comment elle va se sortir.

Déjà, en 2005, il n’y avait pas de « plan B ». Le Traité de Lisbonne a fini par émerger difficilement des tractations entre gouvernements de l’Union. Aujourd’hui, il y a encore moins de « plan C » … Réussirat- on à en élaborer un, accepté par tous, et qui donne enfin à l’Europe les moyens de réagir rapidement aux mutations du monde ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, donner à l’Union les moyens de réagir efficacement et concrètement face aux défis auxquels les Etats membres ne peuvent faire face tout seuls (en matière d’énergie, de climat, d’alimentation, d’action humanitaire, de sécurité, de négociation commerciale…)

Malheureusement, trop souvent, dans les débats à propos des référendums nationaux sur les réformes institutionnelles de l’Union, ce sont les politiques européennes, voire nationales, qui sont mises en cause.

Pour des motifs bien souvent contradictoires... Ainsi, au nom de politiques jugées mauvaises, on rejette  une réforme des institutions qui permettrait de faciliter l’adoption à la majorité de politiques représentant un progrès pour les citoyens européens. La mise en avant d’intérêts particuliers nationaux de court terme prime trop souvent sur l’intérêt général européen à long terme.

Les citoyens européens ont souvent l’impression que les politiques européennes ne répondent pas à leurs préoccupations. C’est effectivement le cas quand on ne parvient pas à répondre aux restructurations d’entreprises (la révision de la Directive sur les Comités d’Entreprise européens devrait donner des moyens de mieux y faire face) ou quand une Directive sur le temps de travail risque de provoquer une régression sociale … Il est manifestement illusoire de justifier la nécessité d’un renforcement institutionnel en l’absence de politiques sociales justes, mais il sera difficile d’améliorer les politiques sans institutions efficaces. Europe politique et Europe sociale doivent se renforcer mutuellement.

Quand le refus de ratifier un traité par un ou deux pays conduit à bloquer une avancée majoritairement partagée par les autres, on est en droit de s’interroger sur la règle de décision. C’était vrai en 2005, pour le Traité Constitutionnel ratifié par 18 pays, mais bloqué par le refus de deux autres ; c’est aussi vrai aujourd’hui pour le Traité de Lisbonne, lui aussi déjà ratifié par 18 pays. La procédure parlementaire, qui, rappelons-le, est aussi démocratique que le référendum, n’intègre t-elle pas mieux les contraintes liées à des textes de ce type ? En attendant l’émergence d’un « peuple européen » qui pourrait éventuellement légitimer un référendum paneuropéen …

En tout cas, il est urgent de trouver un moyen pour que les pays qui ne veulent pas d’une avancée européenne, n’empêchent pas ceux qui le veulent de le faire. Il est nécessaire de poursuivre le processus de ratification dans l’ensemble des 27 Etats membres pour que les choix s’opèrent dans la clarté. Toutefois, il faut aussi que se mobilisent les citoyens de l’Union, pour qu’ils fassent valoir leur attachement à la construction européenne, qu’ils rappellent la signification de celle-ci, mais aussi qu’ils l’infléchissent dans un sens plus démocratique. Tel était en juillet 2005 le sens de l’appel de Sauvons l’Europe. Cet appel est plus que jamais d’actualité :


« Sauvons l’Europe » demeure à l’ordre du jour !

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19 juin 2008

Directive « retour » : les idées conservatrices triomphent en Europe.

Grâce la procédure de co-décision, le Parlement s’est prononcé aujourd’hui sur la directive « retour » en adoptant le texte à 369 voix pour, 197 contre et 106 abstentions. Le Parlement européen avait pourtant là une occasion unique de rejeter un directive préparée par les Etats membres qui instaurait certes le cadre d’une politique européenne d’immigration mais une politique préoccupante pour certains, liberticide pour d’autres, équilibrée et nécessaire pour ses défenseurs…

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Article premier
Objet
 


La présente directive fixe les normes et procédures communes à appliquer dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, conformément aux droits fondamentaux en tant que principes généraux du droit communautaire, ainsi qu’au droit international, notamment les obligations en matière de protection des réfugiés et de droits de l'homme.

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Une politique commune d’immigration était devenue un impératif qui s’imposait. Le débat autour de la question était notamment revenu sur le devant de la scène après la victoire de Silvio Berlusconi en Italie, flanqué sur sa droite d’une Ligue du Nord renforcée par son excellent résultat aux élections législatives anticipées des 13 et 14 avril derniers. Ce dernier, en effet, sous les pressions répétées de la Ligue, avait souhaité porter au plan européen la question de l’immigration, laissant sous-entendre qu’il laisserait sinon son gouvernement agir nationalement. A suivi ensuite le pacte pour l’immigration proposé par Brice Hortefeux, visiblement dans la même veine que les requêtes de la Ligue du Nord. Placées devant le fait accompli, les institutions européennes n’avaient finalement pas d’autre choix que de proposer au plus vite une directive cadre sur l’immigration afin d’éviter que les Etats membres fassent chacun de leur côté leur propre politique d’immigration, ce qui aurait alors pu mettre en danger l’équilibre européen.

La directive « retour », donc, grâce à la procédure de codécision, a été soumise au Parlement européen qui l’a adoptée. Deux grands arguments ont été évoqués pour défendre le texte de la directive :
- cette directive est un compromis équilibré et nécessaire ;
- cette directive fixe le cadre d’une politique européenne d’immigration, c’est un pas indispensable vers plus d’Europe, donc peu importe le contenu du texte, c’est mieux que rien.

Cependant, ces deux arguments ne permettent en rien de justifier un tel texte. Cette directive n’est pas un compromis équilibré et nécessaire. Au contraire, c’est un pur produit des idées conservatrices véhiculées par les partis de droite membres du PPE et par des partis populistes et xénophobes comme le Front national, en France, la Ligue du Nord, en Italie ou l’ancienne liste Pimp Fortuyn, aux Pays-Bas. De trop nombreux éléments, qui n’ont pu être amendés par le PSE notamment, sont présents dans ce texte.

Ce texte a pour vocation première de lutter contre l’immigration clandestine. Bien évidemment, dans la plus pure logique conservatrice, ce texte propose l’exact inverse d’une véritable politique d’immigration. C’est l’expulsion en effet, via des centres de rétention, qui est le coeur de cette directive. Or les expulsions ne limitent en rien la venue des migrants qui, s’ils sont déterminés à quitter leur pays – pour des raisons sûrement compréhensibles –, reviendront en Europe quoi qu’il en soit. Et même, au contraire, une telle politique encourage plutôt la clandestinité puisque d’une part, les Etats membres, au lieu de régulariser, ne feront que pourchasser les immigrés illégaux et, d’autre part, cette réaction défensive va être perçue par les migrants comme une invitation à venir en Europe. En effet, puisque celle-ci fait tout pour protéger son territoire, c’est que celui-ci doit être clairement un endroit privilégié qui attire !

En outre, cette directive porte une atteinte préoccupante aux droits de l’homme. Il est explicitement indiqué que les immigrés illégaux – en fait la majorité des immigrés qui entrent dans les Etats membres étant donné la difficulté réelle qu’il existe pour avoir des papiers – seront placés dans des centres de rétentions, construits à cet effet, pour une durée maximum de six mois, avec une possibilité de prolonger de douze mois cette période … Concrètement, c’est donc la criminalisation de l’immigration qui est acceptée à travers cette directive. Immigrer devient donc un délit qui en plus d’être puni par un « éloignement » est couplé à une peine de prison dans un camp de rétention dont on connaît les conditions de vie déplorables.

Mais tout cela est-ce mieux que rien ? Au plan strictement juridique, évidemment, difficile de prétendre que ce n’est pas mieux que rien puisque, aujourd’hui, il existe en effet un cadre européen pour l’immigration… mais quel cadre ! L’argument juridique qui privilégie l’aspect technique (« plus d’Europe ») sur l’aspect politique (une directive conservatrice) est pourtant nul et non avenu au plan politique puisqu’en fait, cette directive ce n’est pas mieux que rien, c’est tout simplement rien… Rien pourquoi ? Rien parce que cette directive ne fait que concrétiser au plan européen les volontés conservatrices de gouvernements nationaux de droite tels que ceux de la France ou de l’Italie. Nous n’avons pas avancé, nous n’avons pas fait plus d’Europe, nous avons tout simplement calqué au plan européen la politique en matière d’immigration souhaitée par une bonne partie des Etats membres. Tout cela en somme va permettre aux Etats membres qui sont gouvernés par la droite d’appliquer une politique d’immigration des plus conservatrices sans être inquiété ni par l’Ue ni par d’autres Etats membres.

Après le rejet du Traité établissant une Constitution pour l’Europe par la France en particulier, nous étions nombreux à nous demander si ce non était un non de gauche. Les tenants du non gauche revendiquait un non de gauche populaire, un non du peuple. L’extrême droite, elle aussi, revendiquait le non du peuple. Difficile de trancher dès lors : non de gauche malgré tout européen ou non de droite foncièrement hostile à l’Europe, au progrès et aux idées sociales ? À en croire les tenants français du non de gauche, les rejets français et hollandais du TCE, puis le rejet irlandais du Traité de Lisbonne, seraient l’expression des peuples pour une Europe plus sociale, pour une Europe débarrassée des politiques de la droite. Ironie du sort, au sujet de la directive « retour », l’Europe des peuples a parlé aujourd’hui et finalement nous sommes loin d’avoir assisté à une expression progressiste de ceux-là. En effet, s’il y a bien une institution populaire, représentant directement les peuples d’Europe, c’est le Parlement européen. Or les représentants du peuple, bien loin de rejeter un texte profondément conservateur, n’ont fait que l’encenser. Ce n’est clairement pas la faute à l’Europe si une telle directive va s’appliquer, la responsabilité en incombe directement à la droite européenne : le PPE au Parlement européen ; les gouvernements de droite issus du suffrage universels dans les Etats membres.

N’en déplaise donc aux eurosceptiques de gauche, notamment français : aujourd’hui, quand l’Europe des peuples s’exprime, ce n’est sûrement pas pour refuser les politiques libérales et conservatrices, mais hélas, bien au contraire, pour les soutenir.

Diego Melchior

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14 juin 2008

Redécouvrir le Traité de l'Europe sociale proposé par Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard en 2004.

L'Europe est en panne : c'est un fait. Relancer l'Europe, c'est proposer une Europe plus démocratique et plus sociale.

En 2004, Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard proposaient un projet de Traité de l'Europe sociale qui avait obtenu le consensus de tous les progressistes, et ce même avec l'absence de soutiens de la part de la direction des partis de gouvernement. Voici la tribune qui était publiée dans
Le Monde du 9 juin 2004 et qui comportait déjà de nombreux signataires, et non des moindres.

Cinq critères pour l'Europe sociale
par Stéphane Hessel, Pierre Larrouturou et Michel Rocard

Comment Jacques Chirac pourrait-il refuser au peuple français de se prononcer sur un texte aussi important qu'une nouvelle Constitution ? Le traité de Maastricht fut soumis à référendum, le quinquennat fut soumis à référendum, le statut de la Corse fut soumis à référendum et, aujourd'hui, après Tony Blair, ce sont Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et l'ensemble de l'UMP [Union pour la majorité présidentielle] qui demandent un référendum.

Il y aura probablement un référendum, et tout le monde sent bien que le non risque de l'emporter si le texte proposé aux citoyens reste trop proche de celui issu des travaux de la Convention.

Cette Constitution ne répond pas suffisamment aux attentes des citoyens. Elle ne donne pas à l'Europe un projet concret et mobilisateur. Dès lors, pourquoi ne pas profiter de l'initiative de Blair pour corriger le tir avant qu'il ne soit trop tard ? Pourquoi ne pas améliorer le texte avant que les peuples ne disent non ? La nouvelle Constitution n'entrera en vigueur qu'en 2009. Pourquoi ne pas prendre quelques mois pour améliorer le texte et lui donner les meilleures chances d'être accepté par les citoyens ?

"Votez oui à Maastricht, et on se remettra au travail tout de suite sur l'Europe sociale", affirmait Jacques Delors quelques jours avant le référendum sur Maastricht.

Il reconnaissait que le traité était très insuffisant en matière sociale mais demandait aux citoyens de ne pas casser la dynamique européenne. Le oui l'avait emporté d'extrême justesse.

Douze ans plus tard, alors que la crise sociale s'aggrave dans tous les pays d'Europe, alors que des millions de citoyens (Autrichiens, Italiens, Allemands, Français et bien d'autres encore) sont descendus cette année dans les rues pour dénoncer la régression sociale qu'on veut leur imposer, l'argument "Faites nous confiance, on va se mettre au travail" ne portera plus. Si l'on ne veut pas que le non l'emporte aux référendums de ratification, si l'on ne veut pas que l'Europe se disloque ou devienne une zone de libre-échange sans puissance politique, il faut d'urgence inclure dans la Constitution un vrai complément social. Un traité, un accord, un pacte aussi concret, ambitieux et contraignant que le fut le traité de Maastricht en matière monétaire.Haut de page

Le traité de Maastricht comportait cinq critères (un déficit inférieur à 3 % du PIB; une dette inférieure à 60 %...). De même, nous proposons cinq objectifs, et donc cinq critères pour l'Europe sociale :

un emploi pour tous : un taux de chômage inférieur à 5%;

une société solidaire : un taux de pauvreté inférieur à 5%;

un toit pour chacun : un taux de mal-logés inférieur à 3%;

l'égalité des chances : un taux d'illettrisme à l'âge de 10 ans inférieur à 3%;

une réelle solidarité avec le Sud : une aide publique au développement supérieure à 1% du PIB.

L'objectif pour nos démocraties doit être l'éradication totale de la pauvreté, du travail précaire et du chômage de longue durée. Mais, comme première étape, nous proposons que des sanctions comparables à celles infligées aux pays qui sortent des critères de Maastricht soient prévues pour les Etats qui ne respecteraient pas ces critères sociaux en 2015.

A nous d'aller voir comment nos voisins danois sont parvenus à faire tomber l'illettrisme à 3%. A nous d'aller voir en Hollande comment ont été réglés les problèmes de logement ou comment la Suède a fait reculer la pauvreté.

Le traité doit comporter également des garanties fortes en matière de financement des systèmes de sécurité sociale et de pérennité des services publics. Le droit de la concurrence a pris une place excessive dans la construction européenne. Il est temps de reconnaître à sa juste valeur l'importance des services publics.

Le traité doit aussi mettre fin au moins-disant social que provoque la règle d'unanimité en matière fiscale et ouvrir la possibilité de créer un impôt européen (écotaxe, impôt sur les bénéfices ou taxe Tobin améliorée).

Nous avons été capables de créer une monnaie unique. Douze Etats qui décident de faire monnaie commune, c'est du jamais-vu en temps de paix. Nous avons vaincu l'inflation : en quelques années, elle est passée de 12% à 2% ! Pourquoi ne pas lutter avec autant de force contre la précarité ou l'illettrisme ? Pourquoi ne pas nous attaquer vraiment au mal-logement ou au mal-développement ? N'est-ce pas le meilleur moyen d'affirmer concrètement nos valeurs humanistes, le meilleur moyen de réconcilier l'Europe et les Européens ?Haut de page

Jacques Delors, Bronislaw Geremek, José Bové, Enrique Baron Crespo (président du groupe socialiste au Parlement européen), Jean Daniel, Susan George, Antonio Guterres (président de l'Internationale socialiste), Elio Di Rupo (président du PS belge), Piero Fassino (secrétaire général de Democratici di sinistra), Bruno Trentin (CGIL), René Passet, Timothy Radcliffe, Gérard Onesta (vice-président du Parlement européen), Daniel Lebègue, l'abbé Pierre, Philippe Guglielmi, Mgr Ricard, Mgr Rouet, Jean-Maurice Dehousse (ancien ministre-président de la Wallonie), Dominique Plihon, Robert Goebbels (ancien ministre de l'économie luxembourgeois), Jean-Jacques Viseur (ancien ministre des finances belge), Claudy Lebreton, Alain Rousset, Pierre Joël Bonté, Dominique Wolton, Marie-Christine Blandin, Martin Hirsch (Emmaüs), Gérard Pelletier, Alain Trautmann (Sauvons la recherche), Axel Kahn, Patrick Pelloux, Esther Munoz, François Dufour, le MNCP (Chômeurs et précaires), quelque 250 parlementaires et des milliers de citoyens issus de neuf pays de l'Union ont déjà signé la pétition en faveur d'un vrai traité de l'Europe sociale (www.europesociale.net).

C'est la première fois que Jacques Delors et José Bové signent un texte commun. C'est la première fois que Mgr Ricard et Philippe Gugliemi (Liberté laïcité) signent le même appel. Il n'est pas courant de voir s'associer des responsables d'Attac et un ancien directeur général de la Caisse des dépôts... Si tous ont signé, c'est qu'il y a urgence. La Suède a dit non à l'euro car elle était inquiète pour son modèle social. Si rien ne change, le non risque fort de l'emporter dans deux ans dans plusieurs pays fondateurs de l'Union, dont la France. Dans quel état l'Europe sortira-t-elle de la crise ?

"Par notre inertie, nous enlevons au monde son visage humain", écrivait le philosophe Alain (1868-1951). En ne se donnant pas les moyens de devenir une force politique, diplomatique et militaire, l'Europe participe à la déshumanisation du monde. Il y a dix ans, Shimon Pérès et les autres signataires des accords d'Oslo demandaient à l'Europe de les aider à construire la paix au Proche-Orient... Dix ans plus tard, tous les matins, la radio nous apprend combien d'hommes, de femmes ou d'enfants sont morts sur les rives du Jourdain, du Tigre et de l'Euphrate... et nous nous sentons dramatiquement impuissants.

Face aux déséquilibres et aux drames que provoque l'impérialisme américain, il est temps de réagir et de faire naître une Europe politique, disposant d'une diplomatie et d'une armée. Oui, il y a urgence à faire naître cette Europe politique, capable de tirer richesse de sa diversité.
Mais il n'y aura pas d'Europe forte sans soutien des opinions publiques : pas d'Europe politique sans Europe sociale. Et dans l'état actuel des choses, c'est par elle qu'il faut commencer.

Stéphane Hessel est ambassadeur de France. Pierre Larrouturou est porte-parole de l'Union pour l'Europe sociale. Michel Rocard, ancien premier ministre, est député européen.

Le texte du Traité de l'Europe sociale :_Users_diegomelchior_Desktop_europe_sociale

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