07 avril 2006
L'élargissement sauvera l'Europe
Régulièrement, dans les médias ou dans les discours politiques de gauche comme de droite, nous pouvons entendre cette remarque : « Si on était moins nombreux, ça fonctionnerait mieux ». Il faut replacer la phrase dans son contexte.
Depuis les rejets français et néerlandais du Traité Constitutionnel Européen en mai 2005, l’idée que l’élargissement, c’est-à-dire l’extension de l’Union Européenne à de nouveaux pays répondant aux critères de Copenhague, aurait perturbé le bon fonctionnement de l’UE a le vent en poupe. Il apparaîtrait, pour certains, que l’Union Européenne ne pourra jamais se faire au-delà de l’économie si celle-ci continue d’admettre en son sein de nouveaux pays. En clair, une Europe des 6, d’accord, une Europe des 15 peut-être mais une Europe des 27 sûrement pas ! L’argument consiste à dire que l’Europe politique ne pourra se construire que si on commence d’abord à créer politiquement un premier noyau dur. L’affirmation peut paraître logique et évidente mais en réalité elle ne justifie rien, ni le fait que l’Union Européenne soit toujours un nain politique ni le pourquoi du refus de Traité Constitutionnel.
Pourquoi le repli sur un noyau dur ou l’arrêt de l’élargissement est-il une mauvaise réponse au problème de la construction politique de l’UE ?
En ce qui concerne le repli sur un noyau dur, on peut tout de suite se demander : mais lequel ? Le couple franco-allemand semble avoir vécu et au regard de la situation actuelle ce n’est sûrement pas le duo Merkel-Chirac (encore moins le duo Sarkozy-Merkel) qui peut conduire une politique européenne cohérente. L’hypothèse d’un trio latin regroupant la France, l’Italie et l’Espagne paraît quant à elle très fantaisiste au regard des relations entre les pays (citons la bataille qui a opposé chaque pays dans le but de garder son champion national) et de leurs situations internes (fort taux de chômage pour la France, économie en crise pour l’Italie, question de la régionalisation et de l’immigration pour l’Espagne…). La constitution d’un noyau dur avec des pays de l’Est est à écarter, leur situation économique étant encore en ballottement. Le véritable noyau dur semble pouvoir trouver éventuellement ses racines dans le couple social-démocrate Zapatero-Blair mais il semblerait que les deux leaders de gauche conçoivent, pour l’instant, le destin de leur pays dans un cadre plus global que l’Europe… Noyau dur ? Pour l’instant, il n’en est donc pas question dans la pratique.
En outre, il faut bien dire que le repli sur un noyau dur guidant l’Europe et l’arrêt des procédures d’élargissement est de toute façon contraire à l’esprit européen et que jamais les pères fondateurs n’ont émis l’idée que la construction européenne avait une fin. Il est inconcevable de fermer les portes de la maison Europe à tous pays qui en seraient dignes. Certes, on peut toujours dire que mieux vaut être en petit nombre et avoir une Europe qui fonctionne plutôt qu’une Europe gigantesque et inefficace. Mais même cet argument est irrecevable. Pourquoi ? Parce que l’union fait la force et que plus nous serons nombreux, plus nous confronterons nos expériences respectives, plus les idées seront nombreuses et plus nous trouverons des compromis qui conviennent à tous et qui coïncideront avec un maximum de situations réelles.
En fait l’élargissement est ce qui sauvera l’Europe. Plus nombreux nous serons dans l’Union Européenne, plus nous pourrons élaborer un projet commun d’Europe politique. On peut alors se demander, et c’est légitime, mais qu’est ce qu’est véritablement une Europe comprenant des pays comme la Turquie ou le Maroc ? La réponse est simple : il ne s’agit pas de s’étendre pour s’étendre, les pays qui peuvent faire partie de l’UE doivent, bien sûr, être dans la norme démocratique définie par les critères de Copenhague mais « Europe » reste un mot, et nulle part il a été écrit que « Europe » voulait dire que ses frontières étaient l’Oural et la mer Méditerranée. Ce qui a été écrit c’est que l’Europe se doit d’accueillir tous les peuples soucieux de liberté et de bien-être social. L’Europe de demain, l’Europe élargie, sera toujours l’Europe. Elle gardera toujours son nom même si dans les faits on ne reconnaîtra en effet plus l’Europe physique de 1956 ou de 2006. Il sera alors temps de dire clairement que l’Union Européenne n’est qu’une étape et que le but recherché est peut-être la création, sur terre, d’une véritable Union des Pays Libres et Démocratiques ?
Diego MELCHIOR
Commentaires
de l'Atlantique à l'Oural
Appel à réveiller l'Europe
L'avenir de l'Europe passera par l'Ukraine! Le pays de la révolution orange devient un point de jonction entre Bruxelles et Moscou. C'est une chance pour les peuples d'accélérer l'histoire en créant une Grande Europe citoyenne!
L'Ukraine aujourd'hui se retrouve dans une drôle de position: ni à l'Est, ni à l'Ouest. Le résultat des élections législatives du 26 mars semble avoir confirmé la politique d'ouverture née de la révolution orange. La société civile ukrainienne a pris sa destinée en main. Même divisés, les principaux acteurs de la révolution d'il y a un an peuvent prétendre à conserver le contrôle du pays face à des adversaires pro-russes ayant pourtant réalisé les meilleurs scores individuellement. Une alliance Timochenko, Iouchtchenko et socialistes leur procurerait la majorité absolue au parlement (Rada). Les désillusions de nombre de citoyens ukrainiens de ces derniers mois ne sont donc pas suffisantes pour les pousser à se réfugier dans les bras du voisin moscovite. L'histoire est en marche et rien en semble devoir désormais entraver l'émergence d'une nouvelle voie dans cette partie du monde, logée dans un espace qu'il reste à créer entre Bruxelles et Moscou. Le prochain gouvernement aura à défricher une partition tout à fait inédite sur la scène internationale et l'on peut compter sur la pugnacité de Ioulia Timochenko pour revendiquer une identité propre. Avec toutes ses disparités et ses contrastes, la nation ukrainienne va maintenant en finir avec son apprentissage accéléré de l'histoire du XXe siècle et - malgré la profonde casse que cette transition engendre dans tout le pays - inciter l'Europe à se propulser enfin dans le XXIe siècle en bousculant l'organisation moribonde du continent.
Cela a été dit haut et fort, comme pour mieux se bercer dans l'illusion d'un choix courageux et raisonnable. L'Union européenne n'est pas prête à tracer une feuille de route à l'Ukraine et préparer son adhésion. C'est déplorable à plusieurs titres. D'abord parce que les élites de Bruxelles n'ont de cesse à comparer la situation ukrainienne à la question turque, aussi absurde que cela puisse être. Ces deux pays entretiennent certes des relations fortes d'échanges, mais il n'existe aucun motif pour subordonner l'avenir de l'un à celui de l'autre, si ce n'est une pure question de calendrier diplomatique. La population des pays de l'Union est favorable à une adhésion de l'Ukraine, pays dont le caractère européen ne souffre d'aucune contestation possible. Dès lors, l'on ne peut qu'amèrement regretter la position effrayée de l'Union européenne qui n'est qu'une démonstration supplémentaire des technocrates et même des députés de l'UE de leur totale incompréhension de l'aspiration des peuples. Désorientés par le refus du projet de constitution, ils semblent être saisis d'une sorte de paralysie. Incapables de comprendre la volonté de la population, ils se recroquevillent ainsi avec détermination sur l'idée de devoir reconstruire l'organisation même de l'UE avant de se projeter dans tout nouveau débat d'avenir. Les problèmatiques de gestion à vingt-cinq après l'intégration des PECO prennent l'ascendant sur les questions politiques alors que c'est justement ce que réclament les citoyens! L'Europe se trouve en panne sèche du fait d'une déconnection absolue entre les peuples et ses élites. Et cette fracture ne fait que s'accentuer, neutralisant tout espoir d'initiative. Finalement, la question de l'Ukraine n'est rien de plus qu'un cruel révéltateur car elle exige de savoir rebondir en imaginant l'avenir, en considérant enfin cette Europe comme étant un espace de vie citoyenne et non seulement un marché.
Une formidable opportunité s'offre donc, par défaut, à l'Ukraine. Le pays est en passe d'occuper une place centrale au niveau géopolitique sur le continent européen. Ses liens étroits hérité du passé avec la Russie et son rapprochement de l'Union euroépenne lui confèrent une position extrêmement enviable en n'étant finalement rien de moins que l'Etat fédérateur d'une nouvelle entité qu'il faudra de toute façon songer à bâtir dans les prochaines décennies: la grande Europe. L'Union européenne seule ne pourra résister à la pression internationale avec la poursuite du développement des nations émergentes telles que la Chine et l'Inde. Malmenée par la puissance économique américaine, l'essor technologique nippon puis la vitalité de l'économie coréenne, l'Union européenne devra se trouver de nouveaux alliés pour atteindre une dimension susceptible de lui préserver une identité. A ce titre, l'intégration des PECO était nécessaire mais ne suffira pas.
De son côté, la Russie devra également compenser la perte de ses territoires satellites. Le cas de la Bélarussie a permis de démontrer que Moscou préserve son influence à ses frontières, mais les vélléités de liberté exprimées par le peuple bélarusse lors des présidentielles de mars finiront tôt ou tard à faire tomber cette dictature anachronique, vestige d'un autre temps. Ce n'est qu'une question de temps. Viendra alors le moment d'effectuer un rapprochement franc entre Moscou et Bruxelles, idée qui a d'ailleurs déjà été amorcée puisque les initiatives de collaboration se multiplient dans les discours.
Les générations actuelles ne verront peut-être pas ce grand dessein se réaliser, faute à l'homme de savoir dépasser l'horizon de sa propre existence pour se projeter dans le sens de l'histoire. De tout temps il a fallu des leaders d'exception pour oser bousculer l'ordre établi des choses et proposer un projet visionnaire. La grande Europe n'est pourtant pas une idée récente. C'est celle de l'Atlantique à l'Oural. Peu d'acteurs réussissent pourtant outrepasser la bienséance diplomatique pour défendre sur la place publique une telle ambition, certes vaste mais terriblement humaine. Sauf que cette utopie est devenue nécessaire à l'heure de la mondialisation. Il est peut-être temps de réveiller l'Europe et sa jeunesse pour entreprendre cette construction d'avenir.
J'en appelle à toutes les personnes de bonne volonté, jeunes et anciens, habitant des pays de l'Union européenne et de l'extérieur, pour réaliser ensemble ce vaste projet de vie...
http://www.europ.canalblog.com
Plus loin que l'Oural, plus loins que la méditerranée
Certes, l'intégration de l'Ukraine à l'Ue devrait être une priorité européenne mais il est vrai que vu tout le foin que nous font les eurosceptiques rien qu'en entendant les mots Croatie et Turquie, l'élargissement vers les PECOs est encore utopique. C'est malheureux.
L'Ue devrait chercher à intégrer un maximum de pays pour confronter les expériences et aussi par astuce géopolitique.
L'Ukraine est un pays qui doit intégrer l'UE, comme la Turquie, du moins lorsque les critères politiques et économiques de Copenhague seront réunis.
Pourquoi ne pas demander également l'intégration d'Israël dans l'UE? Je pense que cette question est aussi cruciale. Un pays fruit d'une histoire, pour le coup, physique de l'Europe doit aussi avoir sa place dans l'UE. En même temps, Israël intégré dans l'UE c'est peut être la fin du conflit israëlo-paléestinien...
"En fait l’élargissement est ce qui sauvera l’Europe. Plus nombreux nous serons dans l’Union Européenne, plus nous pourrons élaborer un projet commun d’Europe politique."
Ah bon ? Pourquoi ? Comment ? Je suis curieux là...
L'élargissement comme objectif.
Eh bien, la pluralité des conceptions, la confrontation du plus grand nombre des opinions permet d'envisager une Europe politique véritablement proche de toutes les réalités politiques. Une sorte de synthèse politique démocrate de tout ce qui exite.
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