Sauvons l'Europe - SciencesPo.

Blog du collectif local de l'association "Sauvons l'Europe" à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

08 juin 2006

La confédération européenne des syndicats lance une campagne pour l'Europe sociale

Le Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES) s’est réuni à Bruxelles le mardi 6 et le mercredi 7 juin et a arrêté sa position future concernant trois questions importantes auxquelles l’Europe sociale est confrontée : le débat sur l’avenir de l’Europe et la Constitution européenne, la directive « Services » et la directive sur le temps de travail.
Le Comité, qui représente toutes les organisations affiliées à la CES, soutient les propositions décrites par le Secrétaire général de la CES, John Monks. « Nous avons besoin d’une dimension sociale plus forte, en phase avec la Constitution », déclare John Monks. « Les gens sont très préoccupés par des questions telles que l’emploi, la restructuration et la mondialisation ». La CES mènera une campagne pour les droits syndicaux à une action syndicale à l’échelon européen afin de défendre les intérêts des travailleurs, et pour plus d’informations et de consultation dans les entreprises.

« Des dispositions sociales en ce sens sont nécessaires pour obtenir le soutien actif des travailleurs en Europe », déclare John Monks. La CES estime que la question de la Constitution ne peut être simplement mise de côté, ce que semblent souhaiter certains hommes politiques. Elle respecte la décision des 15 États membres de l’UE (bientôt 16) qui l’ont déjà ratifiée et continue à soutenir le texte existant comme étant la meilleure option disponible.

En ce qui concerne la directive « Services », les dirigeants syndicaux ont convenu qu’il fallait plus de temps pour évaluer la nouvelle proposition du Conseil européen avant qu’elle ne passe en seconde lecture au Parlement européen. « En général, la décision du Conseil reflète la position que nous soutenons, bien qu’il reste certains détails sur lesquels nous voulons poursuivre notre consultation avec nos organisations affiliées », déclare John Monks. « C’est une mesure très importante et les étapes finales ne peuvent être décidées dans l’urgence. Parallèlement, la CES a réitéré son soutien pour une directive cadre intersectorielle sur les services d’intérêt général. »

Concernant la révision de la directive sur le temps de travail qui est toujours bloquée au Conseil, le Comité exécutif réaffirme la demande de la CES pour la suppression progressive de la clause "d’opt-out" et pour que l’on inclue les périodes "de garde" dans le temps de travail. À la lumière de la pression croissante exercée sur les dirigeants européens afin qu’ils règlent le problème, le Comité soutient la demande d’une nouvelle campagne en automne afin d’atteindre ces objectifs.

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Site internet de Sauvons l'Europe

Le nouveau site Internet de Sauvons l'Europe est disponible :
http://www.sauvonsleurope.org

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01 juin 2006

Un an après le 29 mai 2005, le florilège du "non".

Alors que l'on tire le bilan du "non" français à la constitution européenne un an après le référendum, il n'est pas inutile de se remémorer certains propos tenus pendant la campagne. Espérons que le "dépassement du oui et du non" se fera sur d'autres bases...

CARICATURES

"Un oui socialiste au référendum sur la Constitution, telle qu'elle est aujourd'hui rédigée, signifierait la fin de la différenciation qui existe pourtant nettement entre la gauche et la droite" (appel publié par des élus socialistes, Le Monde, 10 septembre 2004)

"Si vous votez 'oui', vous donnez le feu vert à une Europe libérale qui sera installée pour cinquante ans et sur laquelle vous ne pourrez pas revenir" (Henri Emmanuelli, 100 minutes pour convaincre, France 2, 31 mars 2005).

"Cette Europe qu'on nous propose veut lâcher les pauvres contre les pauvres ! Est-ce normal de dresser la misère des Polonais contre la détresse de nos smicards ? Je suis allé voir les camps de Polonais aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Dans des cabanes en bois, on loge des gens qu'on va chercher à Gdansk pour trois mois. Ils travaillent tellement qu'on ne les voit jamais dehors !" (Henri Emmanuelli, propos rapportés dans Le Soir, 21 mai 2005)

CONSPIRATIONNISME

"Moi je n'ai rien contre aucun Turc, ni d'ailleurs contre aucun citoyen de quelque pays du monde que ce soit. Je sais seulement que ceux qui veulent faire entrer la Turquie aujourd'hui dans l'Europe le veulent pour projeter une masse 80 millions de personnes, qui ont des salaires et des droits sociaux bien plus bas que ceux de l'Europe, sur le dos des autres (...). Quant au reste, les Turcs auraient tort de se gêner en quelque sorte, parce que véritablement les dirigeants européens sont prêts à leur lécher les pieds, s'ils le souhaitent, dans la mesure où ils ont besoin d'eux pour réaliser la sale besogne que je viens de vous expliquer" (Jean-Luc Mélenchon, propos recueillis par Jean-Jacques Bourdin, RMC, 2 mai 2005)

"C'est une stupidité de dire que l'on va demander aux Français de revoter. J'ai envie de leur dire : pour qui vous prenez-vous ? Allez-vous admettre, une fois pour toutes, que la souveraineté appartient au peuple et pas aux technostructures libérales associées à l'Europe des actionnaires ?" (Henri Emmanuelli, LCI, 26 mai 2005)

"J'ai regardé dans le texte et, effectivement, page 165, il y a la liste de tous les pays qui ont signé l'Acte final de la Constitution et, le dernier, c'est la Turquie. Cela fait quand même réfléchir, parce que l'on nous dit que la Turquie, 'on verra dans quinze ans', mais elle signe la Constitution aujourd'hui, qu'est-ce que cela veut dire ? On découvre donc sans cesse des choses" (Laurent Fabius, RMC, 10 mai 2005)

"Je suis fier des Françaises et des Français qui ont réaffirmé sans ambiguïté la primauté de la souveraineté populaire sur tous les appareils politico-médiatiques" (Henri Emmanuelli, AFP, 29 mai 2005)

NATIONALISME

"On lâche la misère des pays de l'Est contre nos salariés les plus vulnérables, mais s'il n'y a pas de protection aux frontières, je ne vois pas très bien comment on peut résister" (Henri Emmanuelli, journal
de TF1, 23 mai 2005)

"Il faut que ceux qui nous écoutent sachent, que, pendant des périodes de cinq ans, la France, pays de soixante millions d'habitants, n'aura même pas un Commissaire à Bruxelles. Et ça, moi je trouve ça inacceptable" (Henri Emmanuelli, Grand Jury, 9 mai 2005)

"Nous ne voulons pas d'une Constitution qui encourage le communautarisme et institutionnalise les religions. Nous ne reconnaissons pas la devise 'Unie dans la diversité', parce que cela, c'est l'état de nature. Notre devise est 'égaux en droit' parce que ça c'est l'Etat de droit et la République" (Jean-Luc Mélenchon, discours du 17 mars 2005, gymnase Japy)

"On n'a pas le droit de dire aux Français qui sont les contributeurs nets de cette Europe, c'est-à-dire grâce à l'argent desquels on boucle ce budget (...), si vous ne vous soumettez pas, nous allons perdre notre influence" (Henri Emmanuelli, Grand Jury, 9 mai 2005)

"Je ne vois dans ce traité aucun progrès démocratique, mais seulement des raisons de voter non, surtout lorsqu'on est de gauche. A droite, ceux qui sont attachés à l'idée d'indépendance européenne ne peuvent pas non plus approuver un texte dominé par les Britanniques, les plus anti-européens des Européens. Quant à faire l'Europe politique à 25, je n'y crois pas" (Henri Emmanuelli, Journal de Saône-et-Loire, 29 mars 2005)

"Si la France a le courage de dire non le 29 mai prochain, ne croyez pas qu'elle sera isolée. Au contraire, elle reprendra la main et même se retrouvera au centre du jeu européen. Et nous, les partisans du Non antilibéral porterons les valeurs de l'universalisme et l'esprit des Lumières par toute l'Europe. Il y a comme un parfum de Valmy qui flotte dans l'air !" (Jacques Nikonoff, président d'ATTAC, meeting à Cenon le 22 avril 2005, rapporté dans Ouest-France, 11 mai 2005)

POPULISME

"Les gens sont en train de réfléchir. Jusqu'ici, le débat était lointain. Il devient plus précis : directive Bolkestein, délocalisations, euro trop cher, Turquie" (...) "La directive Bolkestein est une espèce d'avant-goût de la Constitution". (Laurent Fabius, France 2, 17 mars 2005)

"On va aller (...) vers des délocalisations massives, et on en a tous les jours !" (Laurent Fabius, 4 mai 2005, Europe 1)

"A partir du moment où on dit : 'La règle, c'est la concurrence entre pays', il va y avoir une baisse de la protection sociale, une baisse de nos pensions et il est dit dans ce texte qu'il sera interdit à l'Europe d'aller vers le haut en harmonisant" (Laurent Fabius, 20 h de TF1, 8 mai 2005)

"Si on trouve que l'Europe actuelle fonctionne bien, que l'emploi va bien, qu'il faut continuer dans la baisse de la protection sociale, que les délocalisations c'est bien, que l'élargissement c'est bien, on va bientôt nous demander si l'Irak peut entrer, alors il faut voter 'oui'" (...) "Si le oui l'emporte, quelles seront les conséquences ? D'abord un renforcement de la politique Raffarin-Chirac. Ensuite, le détricotage de la protection sociale. Les délocalisations. L'élargissement vers la Turquie et la dilution de l'Europe". (Laurent Fabius, devant les étudiants de l'IEP d'Aix-en-Provence, propos rapportés dans Libération, 3 mai 2005)

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Pour l'Europe, une épitaphe et un espoir, par Michel Rocard.

Article paru dans Le Figaro du 26 mai 2006

L’Europe agonise. Un coup de plus vient de lui être donné le 4 avril dernier par un acte encore peu connu en France : la capitulation en rase campagne des eurodéputés. Ils ont accepté de respecter la discipline de leurs gouvernements nationaux sur les perspectives financières 2007- 2013 qui sont un arrêt de mort pour toute politique nouvelle et mettent en cause le peu que l’Europe fait déjà ensemble. Dans cette affaire, l’Europe a beaucoup d’assassins. Dressons-en la liste.

Premièrement, une mutation mondiale du capitalisme dans laquelle l’Europe n’est pour rien mais qu’elle paie plus que d’autres. Elle fut créée à l’époque du capitalisme que Michel Albert appelait rhénan, c’est-à-dire d’un capitalisme managérial régulé, connaissant le plein emploi, une croissance régulière et rapide, une forte protection sociale et une stabilité financière honorable. Les puissances publiques restaient maîtresses de la création monétaire et utilisaient cet outil pour limiter les fluctuations internationales et alimenter leurs croissances internes. Mais l’actionnaire qui, dans cette phase, était un peu la victime, s’est réveillé. A travers les fonds de pensions, les fonds d’investissement, les fonds spéculatifs (hedge funds), il s’est organisé, donnant mandat aux bureaucraties, qui le représentent maintenant dans toutes les grandes entreprises, d’exiger partout le dividende le plus élevé possible dans les délais les plus courts possibles. Cette pression a poussé toutes les entreprises des Etats-Unis, du Japon ou de l’Europe à « externaliser » massivement leurs activités.

Dans les très grandes entreprises, l’action syndicale et les conventions défendent un alignement relatif et proportionnel des salaires sur ceux des travailleurs les plus qualifiés, en même temps qu’une relative stabilité de l’emploi. Transformer l’essentiel de ces gens en salariés de PME, isolés, faibles et non syndiqués, rend infiniment plus facile la pressurisation des salaires et l’interruption sans préavis des contrats de fournitures. C’est ainsi que le travail devint précaire. Presque nulle vers 1970, la précarité du travail ou le chômage, conjointement, concernent maintenant près de 20 % de nos populations. En outre, ce manque de pouvoir d’achat ralentit la croissance qui n’a, d’autre part, plus d’alimentation monétaire. La croissance molle est notre fléau, qu’on attribue à tort à l’Europe.

Deuxièmement, les rejets de l’Europe aux réferendums. Nos peuples ont pris le projet de constitution en otage pour signifier leur refus de la société actuelle telle qu’elle est devenue. Nous y avons perdu quelques avancées procédurières qui auraient été utiles, car la mise au point finale du projet tenait un peu du miracle. Nous y avons surtout perdu l’Europe sociale, dont la charte des droits intégrée dans la Constitution devait être un tremplin de démarrage. A quelque chose malheur pourrait être bon si, au moins, l’on en tirait conclusion pour s’accorder sur la définition de l’ennemi. Ce qu’il faut combattre, c’est la précarisation générale des rapports sociaux et notamment du travail. Le vrai danger, c’est la dérive actionnariale du capitalisme.
J’en veux à l’argumentation dangereusement mensongère de ceux qui affirment que la vraie Europe s’en remettra fort bien et que le non permettra de rouvrir de meilleures négociations pour aboutir à une Constitution et à une Europe plus sociales. Ils n’ont pas vu que, ce faisant, ils tiraient sur une ambulance. Le néant de cette perspective apparaît de manière limpide aujourd’hui. Qu’on nous laisse en paix avec l’Europe sociale, elle est morte, hélas, avec l’Europe politique dans cette opération ! Nous étions nombreux à avoir dit, moimême dans ce journal, qu’un éventuel succès du non serait une première et grande victoire pour les forces de désagrégation et qu’inévitablement, elles aggraveraient leur offensive ensuite. C’est ce qui se passe au Conseil des ministres.

Troisièmement, le Conseil des ministres. Le vrai assassin de l’Europe, c’est lui. Car quelle est l’enceinte où, méthodiquement, depuis trente ans, tout progrès vers l’Europe politique et vers l’Europe sociale a été entravé, contrecarré et finalement interdit ? Quelle est l’enceinte où la priorité donnée aux exigences de court terme des intérêts nationaux a rendu une majorité de proeuropéens incapables d’imposer leur projet, la diplomatie britannique trouvant toujours assez d’alliés, malgré d’évidentes dominances pro-européennes, tant à la Commission qu’au Parlement ? C’est le Conseil des ministres. Au demeurant, il n’y a plus, en Europe, depuis au moins dix ans, de chef de gouvernement national qui considère l’Europe comme une priorité valant de prendre des risques politiques importants.

Ainsi s’explique assurément le dernier coup, tragique celui-là, qui vient d’être porté à l’Union. Il s’agit des perspectives financières à 7 ans, pour les années 2007 à 2013. La Commission, pourtant très conservatrice dans sa composition actuelle, avait jugé ne pas pouvoir tenir ses responsabilités sans disposer d’un budget progressant de 1 % à 1,24 % du PIB européen. C’était l’évidence et nous fûmes nombreux à trouver qu’elle tirait court.

Le Parlement, saisi de cet avis de la Commission, a produit le sien. Avec un grand esprit de responsabilité et de modération, avec même une surprenante prudence, mais sentant venir ce qui allait se passer, il a – c’est une première historique – fixé l’enveloppe de ses souhaits budgétaires un peu en dessous de celle de la Commission, à 1,18 % du produit brut. Cela permettait de continuer sans les intensifier les politiques en cours, de donner un peu de souffle à la stratégie dite de Lisbonne – l’Europe de la connaissance –, d’intensifier quelque peu notre effort de coopération et nos interventions humanitaires, et de traiter presque décemment les élargissements.

Impavide et impitoyable, le Conseil des ministres n’a rien voulu savoir. Certains gouvernements nationaux ont ordonné – quelle vision démocratique ! – aux parlementaires européens de leurs pays de s’aligner. La capitulation baptisée accord et datée du 4 avril aboutit à une enveloppe financière pour 7 ans inférieure de 12 % (soit 866 milliards d’euros contre 989) à ce que demandait le Parlement, c’est-à dire à un budget annuel moyen de 1,049 % du PIB européen, donc, à un epsilon près, à la reconduction du budget actuel, sans qu’il soit tenu compte ni des nouvelles missions ni des nouveaux membres. Les diminutions des enveloppes sont les suivantes : soutien à la compétitivité et à la croissance (- 37 %) ; fonds structurels et fonds de cohésion (- 10 %) ; conservation et gestion des ressources naturelles (- 21 %) ; soutien à la défense de la liberté, de la sécurité et de la justice (- 33 %) ; actions extérieures (- 27 %). Au sein de ces enveloppes, dans le détail des chapitres, on trouve : développement rural (- 21 %) ; programme de formation tout au long de la vie (- 42 %) ; VIIe programme cadre pour la recherche et le développement (- 27 %) notamment.

Tout est à l’avenant. C’est un assassinat, une interdiction faite à l’Europe de conduire correctement ses actuelles missions et, surtout, d’en entreprendre de nouvelles. Voilà. Le non a gagné, il a détruit. Reste à faire le deuil de nos espérances en se souvenant que le carcan qui vient d’être adopté nous bloque pour sept ans.

Géostratégiquement, l’Europe entre en semi-hibernation au moment où les Etats-Unis sont plus arrogants que jamais, où la Chine et l’Inde effectuent un décollage vertigineux, suivies de loin par le Brésil, et où la Russie se réveille.

Reste une chance à courir. L’Europe a principalement souffert, dans cette aventure, de la mutation sauvage du capitalisme évoquée plus haut. Or, pour des raisons multiples, dont la principale tient aux déséquilibres financiers himalayens où se complaisent les Etats-Unis, les temps qui viennent verront inévitablement une confrontation des formes d’organisation économique – et donc des modèles sociaux – entre les Etats-Unis et l’Europe. Et là, tout ce qui nous reste est une économie intégrée avec un vrai pouvoir de décision en matières douanière, commerciale, de concurrence et monétaire. Cela suffit pour organiser la résistance avec des chances sérieuses de victoire. Cette piste est la seule qui demeure ouverte. Elle ne peut être engagée que par la gauche d’Europe – sous condition que le diagnostic soit partagé et le combat vigoureux. Alors peut-être, dans un monde capitaliste de nouveau régulé, et apaisé, et dans une ou deux décennies, un espoir européen pourra renaître.


Posté par slesciencespo à 13:39 - Articles de presse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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