23 mai 2008
Pour une politique européenne d’intégration des Roms.
Le retour de Silvio Berlusconi en Italie et la nomination d’un gouvernement comportant Roberto Maroni de Ligue du Nord comme ministre de l’Intérieur semble clairement éloigner de plus en plus l’Italie de l’Union européenne. La lutte contre l’immigration clandestine, cheval de bataille de la Ligue du Nord, parti populiste revendiquant son anti-européisme, reprend le devant de la scène des réformes avec la constitution d’un paquet sécurité qui devait être discuté à Naples, mercredi 21 mai. La politique d’immigration de la droite italienne semble prendre une dimension clairement anti-européenne. Roberto Maroni a assuré que l’Italie se réservait le droit de procéder à des expulsions massives et que la clandestinité devra être considéré comme un délit. Ces propos ont suscité l’ire de la vice-présidente du gouvernement espagnol qui a accusé le gouvernement italien de préparer une politique d’immigration non respectueuse des droits humains. On voit bien là tous les problèmes que cause la non existence d’une politique d’immigration commune.
Les attaques de la part du gouvernement italien contre les immigrés se sont notamment focalisées sur la communauté roumaine assimilée de manière générale à la communauté tsigane. De plus, l’Italie a été traversée ces derniers jours par des violences extrémistes (chasse aux roumains par des milices citoyennes auto constituées, incendie criminelle de camps de réfugiés tziganes, etc.). Celles-ci se sont en effet accrues avec les annonces du gouvernement de durcir sa politique vis-à-vis des immigrés aussi bien sur le territoire, par les expulsions, qu’aux frontières, par un contrôle policier accru. En Italie, les Roumains sont honnis par beaucoup qui les considèrent comme responsables de beaucoup de maux que connaît le pays. Les Roumains sont aussi indifféremment réduits aux Roms dans bon nombre de discours. Or tous les Roumains ne sont pas des Roms. Malheureusement, cette différence, le gouvernement en place ne semble pas la percevoir complètement…
Pourtant, la différence est très importante. Les Roumains, qui représentent la première communauté immigrée en Italie, sont issus d’un pays membre des pays de l’UE et sont donc soumis aux mêmes règles de circulation et d’accueil que tous les autres ressortissants européens. L’Italie n’a donc aucune raison d’attribuer à un traitement spécifique aux Roumains. La question des Roms est quant à elle bien différente. Les Roms qui résident en Italie viennent en effet pour une partie de la Roumanie mais aussi des Balkans, notamment de la Bosnie, de l’Albanie et de la Serbie, pays qu’ils ont bien souvent du quitter au moment des guerres d’ex-Yougolslavie.
En outre, les Roms ne sont pas une réalité spécifiquement italienne. En effet, la question des Roms ne peut pas se poser en termes d’immigration puisque ce peuple est originairement un peuple nomade. La question est donc bien celle de l’intégration des Roms au sein de l’UE. Les Roms forment une communauté qui n’obéit pas au schéma traditionnel de la communauté nationale (le territoire national n’a aucun sens pour eux) et c’est précisément cela qui pose problème à des sociétés nationales européennes comme l’Italie. Et c’est aussi pourquoi il ne saura jamais être question de la création d’un Etat tzigane comme le propose l’extrême droite européenne. Seule une politique européenne d’intégration des Roms et de lutte contre les discriminations peut être une réponse appropriée à la situation déplorable que connaissent aujourd’hui les Roms.
Ainsi, suite notamment aux violences contre les Roms qui ont eu lieu en Italie, les députés européens ont débattu, mardi 20 mai, en séance plénière du Parlement européen de la question de l’intégration des Roms. La situation des Roms est désastreuse dans toute l’Europe où cette communauté est de fait exclue de la société. Les Roms sont parqués dans des camps où toute dignité humaine a disparu. Les Roms, auxquels on accole encore des clichés d’un autre temps, alimentent à tort les plus nauséabonds fantasmes de la société. Les Roms, puisqu’on leur refuse tout intégration en niant leur spécificité et leur histoire, sont bel et bien traités comme des parias en Europe. Enfin, l’instrumentalisation d’un soi-disant péril Rom nourrit bon nombre de politique populiste.
Alors que faire ? Il est clairement indispensable, et cela a été demandé par le Parlement européen, de mener une politique européenne efficace d’intégration des Roms. Au plan social, il faut dans l’immédiat veiller aux conditions sanitaires des Roms, c’est-à-dire supprimer les taudis où s’entassent les communautés pour les reloger dans des espaces hygiéniquement conformes. Il faut aussi multiplier l’information vers les communautés pour qu’elle puisse scolariser leurs enfants. En outre, il est indispensable de lutter contre les discriminations que subissent les Roms. Mais surtout, les Etats membres et l’UE doivent mener un travail culturel vers les populations nationales pour briser tous préjugés sur les Roms. C’est probablement même la prémisse indispensable d’une véritable politique d’intégration des Roms. La tolérance vraiment devenir une valeur forte de l’Union européenne.
Les Roms ont contribué et contribuent encore à façonner l’identité européenne ; ils représentent même probablement à eux seuls cet idéal d’une Europe qui ne serait plus alourdie par des attachements nationaux. L’intolérance que les Roms subissent encore aujourd’hui ne doit pas être prise à la légère car, souvenons-nous que par le passé, cette même intolérance a conduit à la plus grande catastrophe humaine qu’ait connue l’Europe. C’est pourquoi, nous, Européens, nous devons nous engager à stopper toute vague de ressentiment contre la communauté Rom et nous engager à mener une véritable politique d’intégration des Roms au niveau européen.
Diego Melchior
19 mai 2008
L’Europe et les blogs, où en est-on ?
Dans la blogosphère proeuropéenne, nous sommes nombreux à être
convaincu que pour aller plus loin dans l’intégration européenne des
citoyens, l’Europe devrait se doter de ses propres médias capables
d’interagir, voire de produire une opinion publique supranationale,
européenne. Cependant force est de constater qu’à l’heure actuelle
aucun média de masse n’existe au niveau européen. Evidemment, il existe
pour la télévision la chaîne Euronews mais son audience reste limiter.
Pour la radio, les fréquences restent essentiellement nationales et,
quant aux journaux, les quotidiens les plus lus restent aussi les
grands quotidiens nationaux.
Dans La question de l’Etat européen,
Jean-Marc Ferry, au début des années 2000, reprenant en partie les
travaux de Jürgen Habermas, évoquait déjà la question de la
constitution d’un Etat européen passant par l’existence d’une opinion
publique européenne, ce qui signifierait que partout dans l’UE le
citoyen possède un bagage commun concernant l’UE (fonctionnement,
histoire, culture, connaissances des autres états membres, etc.). Les
médias auraient alors pour objectif de servir d’intermédiaire entre
l’Etat européen et l’opinion public européenne, tout en livrant une
information de type supranational.
Aujourd’hui, au
plan européen, nous sommes bien loin d’un quelconque système européen
médiatique. En effet, finalement, ce qui prédomine au niveau des
médias c’est un système strictement national, au pire, et un système
international au mieux, c’est-à-dire la possibilité dans un Etat
d’accéder aux médias nationaux d’un autre état ce qui implique d’avoir
l’outil nécessaire (pour la télévision : câble ou parabole ; pour la
radio : ondes courtes) et de maîtriser la langue de l’Etat. La barrière
de la langue est en effet la première difficulté rencontrée lorsqu’on
pense à la création d’un média européen qui le plus raisonnablement
possible serait télévisuel. Quelles langues choisir ? Nous pourrions
imaginer un système de changement de langue par télécommande en
fonction de l’Etat, voire un système de sous-titrage pour répondre à ce
problème dans un premier temps. Mais la question la plus importante
concerne plutôt la nature de ce média : faut-il créer un service public
européen de radio-télé ou bien sous-traiter le service à des
entreprises ? En fait, il semble que l’existence d’un média européen ne
peut réellement exister que dans le cadre d’un service public car un
média européen privé aura vite tendance à moduler son offre en fonction
du client, c’est-à-dire, dans le cas de l’UE, des spécificités
nationales. Nous nous écarterions alors complètement de l’objectif
initial d’un média réellement supranational. Le troisième problème
concerne le rapport du média avec le citoyen. En effet, il n’est pas
sûr que la télévision ou la radio, diffusant une information européenne
depuis le haut, soit le meilleur moyen pour favoriser la participation
et l’enthousiasme du citoyen pour l’UE. Télévision comme radio reste
des médias à la substance démocratique faible. En somme, quel intérêt
de reproduire au plan européen un système déjà très critiqué au plan
national quand bien même il serait un service public ?
Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là et, c’est pourquoi,
il faut aller voir du côté des médias plus démocratiques où le citoyen
s’exprime directement. Indiscutablement depuis dix ans, grâce à
l’Internet, le citoyen a pris la parole sur la toile par
l’intermédiaire des forums (débats collectifs), des sites web
(exposition directe d’idées d’un individu sans interaction possible) et
de blogs (expression directe d’idées d’un seul individu avec ouverture
immédiate au débat). Le phénomène est évidemment limité aux économies
développées et, tendanciellement, la plupart des ménages européens
s’équipent d’un ordinateur avec Internet. Et pour ceux qui n’y
auraient pas accès, se sont multipliés les cybercafés et les
Internetpoint (2 euros l’heure en moyenne).
Mais parle-t-on d’Europe sur ces médias
citoyens que sont les blogs ? Les citoyens se sont-ils saisis de
l’Europe comme un sujet de discutions primordial ? Concentrons-nous sur
le cas de la France et penchons nous, à titre d'exemple, sur le dernier
classement politique wikio (1er mai). Que constate-t-on ?
Parmi le top 20, un seul blog parle d’Europe : Coulisses de Bruxelles,
le blog de Jean Quatremer qui arrive en troisième position… Cependant,
Jean Quatremer est-il un citoyen comme les autres ? Son blog n’a-t-il
pas justement autant de succès parce qu’il est journaliste ? Le blog de
Jean Quatremer en plus d’être un blog de journaliste est une exception
dans une masse de blogs politiques qui ne parlent pas franchement
d’Europe. Les blogs suivants sont essentiellement des blogs couvrant
l’actualité politique nationale. D’un côté, nous avons la blogosphère
de la gauche démocratique qui évacue très souvent le sujet européen,
d’un autre côté les blog de droite (sous représentés) qui sont loin de
proposer un regard objectif sur l’Europe puisque nous pouvons remarquer
une certaine redondance dans les sujets (comme la question de l’entrée
de la Turquie). Nous constatons tout de même que les blogs proche de la
gauche radicale, qui avaient fleuri en masse entre 2005 et 2006, n’ont
pas réussi à se hisser dans le top 100 du dernier classement wikio. En
revanche, à la 97e place, a réussi à se hisser un blog d’extrême droite
clairement proche du FN. Les blogs de la sphère Modem sont assez
nombreux dans le classement wikio et sont aussi ceux qui abordent le
plus souvent la question européenne (comparés aux autres blogs
politiques parce que, dans l’absolu, l’Europe n’est pas non plus pour
eux un sujet de prédilection). Enfin, les autres blogs consacrés
exclusivement à l’Europe qui apparaissent ensuite dans le classement
sont RELATIO.fr, le blog Publius et celui de Dominique
Reynié, Opinion européenne.
Que conclure de ce rapide panorama ? D’abord, qu’il est difficile de
consacrer un blog exclusivement à l’Europe, d’aborder l’information ou
d’exposer ses opinions dans une perspective exclusivement européenne
tout en ayant un taux de fréquentation qui permettent d’avoir une
visibilité maximum sur la toile (référencement, apparition dans le top
des classements). Ensuite, il semble aussi que l’Europe, pour qu’elle
puisse intéresser les visiteurs, doit être traitée par des experts
(journalistes, professeurs, etc.). C’est pourquoi, plus qu’une
blogosphère anti-européenne (qui existe mais à l’audience limitée au
vue des classements), il existe plutôt un silence généralisé sur
l’Europe qui traverse toutes les blogosphères d’importance (PS et
gauche démocratique, Modem et centre, UMP).
Il ne faut donc
pas réduire la blogosphère a deux camps : les blogs antieuropéens d’un
côté ; les blogs proeuropéens de l’autre. D’une part, les blogs
antieuropéens se sont décrédibilisés sur le long terme du fait de leur
manque d’ouverture au débat et de la redondance de leurs arguments.
S’il y a pu avoir pendant un an (entre 2005 et 2006), une blogosphère
anti-européenne très forte (mêlant extrême droite, extrême gauche,
nonistes du PS, etc), aujourd’hui celle-ci n’existe plus car elle se
concentre sur d’autres sujets qui attirent plus le visiteur. D’autre
part, la blogosphère proeuropéenne fonctionne elle aussi
malheureusement en cercle réduit où se sont bien souvent toujours les
mêmes citoyens qui se retrouvent sur des sites comme Le Taurillon, le blog de Sauvons l’Europe, Coulisses de
Bruxelles, le blog de VGE, l’Europe dans la campagne, Opinion européenne
avec Dominique Reynié, etc. L’Europe ne souffre donc pas, comme nous
aurions pu le croire, d’une éventuelle critique acerbe mais plutôt d’un
déficit de considération et d’évocation sur les blogs. En fait, le
problème de l’Europe sur les blogs, c’est que personne n’en parle !
Il y a probablement plusieurs explications à cela. D’abord, le
cloisonnement très fort qui existe entre les blogosphères nationales
que seul Le Taurillon
a essayé de rompre. Ensuite, si les blogs français parlent peu d’Europe
c’est parce que les médias traditionnels en parlent peu eux aussi :
nous voyons donc bien là aussi que les blogs, bien qu’étant des médias
libres et individuels, restent dépendants de l’information fournie par
les grands médias. De plus, il semble aussi que l’habitude de consulter
des sites web dédiés exclusivement à l’Union européenne (comme Euractiv ou Cafebabel)
ne soit pas intégrée par les internautes de manière générale. Enfin, le
fait que ce soit les blogs d’expert sur l’Europe qui remportent le plus
grand succès laisse entendre que, pour bon nombre de blogueurs-citoyens
et d’internautes, l’Europe reste un sujet difficile à aborder car
compliqué et peu compréhensible.
Les blogs peuvent-ils alors contribuer à créer un espace médiatique
européen ? Dans l’absolu, la réponse est oui. Les blogs contribuent à
créer un espace médiatique européen démocratique indépendant des médias
traditionnels. Cependant, il existe encore trop de facteurs qui
empêchent l’existence d’une véritable blogosphère européenne et
citoyenne. C’est pourquoi, les blogs seuls ne pourront quand même
jamais combler le déficit médiatique qui touche l’UE et les question
européennes. La seule solution est alors de promouvoir l’Europe dans le
quotidien réel des citoyens de l’UE. Le virtuel, seul, ne suffit donc
pas.
Diego Melchior
13 mai 2008
Sauvons l'Europe est de retour à SciencesPo.
Chers amis,
Après plus d’une année d’absence, le collectif Sauvons l’Europe se reconstitue à SciencesPo. !
Trois ans après la création du mouvement Sauvons l’Europe qui avait suivi le rejet du Traité établissant un Constitution pour l’Europe, peu de chemin a été réellement parcouru vers une Europe sociale et politique.
Parce que nous ne nous satisfaisons pas d’une Europe qui ne serait qu’un libre marché où primeraient les petits arrangements entre nations, le collectif Sauvons l’Europe de SciencesPo. entend poursuivre, avec l’ensemble des étudiants de l’Institut, le combat pour une Europe sociale et politique, le combat pour une Europe des citoyens.
Parce que nous refusons l’eurosceptiscisme, nous sommes convaincus que c’est par le débat, la confrontation d’idées et l’implication des citoyens eux-mêmes que nous pourrons continuer à construire une Europe qui réponde à l’aspiration de ces derniers.
Le 1er juillet, la France présidera le conseil de l’UE, et ce, jusqu’au 31 décembre. Ces six mois de présidence française doivent être l’occasion de relancer fortement le moteur de la construction européenne, grippé depuis de trop nombreuses années.
Le mouvement européen démocratique et progressiste doit faire entendre sa voix car, nous en sommes convaincus, c’est dans l’Europe que les citoyens doivent voir leur avenir.
Dès septembre, donc, à SciencesPo. soyez nombreux à rejoindre le collectif local de Sauvons l'Europe !
09 mai 2008
Les gauches françaises et l'Europe
Chers amis,
L'association Sauvons l'Europe - Collectif Ile-de-France a le plaisir de vous inviter à notre prochaine réunion. Elle aura pour thème : 3 ans après le référendum sur le Traité constitutionnel européen : les gauches françaises et l'Europe. Nous aurons le plaisir de recevoir à cette occasion :
M. Dominique REYNIÉ
Professeur des Universités à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris
Dernière publication : L'Opinion européenne en 2008, Paris, Lignes de Repères/Fondation Robert Schuman
Mardi 27 mai 2008
19h - 20h30
Salle de conférence de Sauvons l'Europe
4, place de Valois - Paris, 1er arr.
Métro : Palais
Royal
Nous vous attendons nombreux !
